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Arnaud Pelletier, DRH de Pierre & Vacances : « Nos saisonniers actuels sont nos managers de demain »

Chaque année, plus de 2 000 saisonniers rejoignent Pierre et Vacances. Recrutement, formation, fidélisation : autant d’enjeux stratégiques pour les entreprises du tourisme et de l’hôtellerie-restauration. Alors que la Gen Z revendique équilibre de vie et sens au travail, comment attirer et garder ces talents saisonniers d’une saison à l’autre, voire les transformer en collaborateurs permanents ? Dans cette interview, Arnaud Pelletier, DRH du groupe, partage sa vision et les bonnes pratiques managériales mises en place.

Quels sont vos enjeux de recrutement, notamment en période estivale ?

Arnaud Pelletier (AP) – Nous sommes dans une dynamique de création d’emplois au sein de la marque. C’est particulièrement vrai l’été où nous recrutons 1 200 saisonniers en moyenne. L’hiver, ce sont près de 900 recrutements. Ces arrivants renforcent nos équipes de salariés permanents. Nous en comptons 3 000 au total. Ils accueillent nos clients dans différents sites en France, ainsi qu’aux Antilles et en Espagne. Nous avons, par ailleurs, de forts enjeux de fidélisation des saisonniers. Nous souhaitons les faire travailler d’une saison à l’autre, voire leur proposer des contrats à durée indéterminée. Cette fidélisation facilite leur intégration, car ils connaissent déjà notre culture d’entreprise, notre organisation, nos outils, etc. Actuellement, le taux de fidélisation est de 50 %, mais nous nous fixons 60 % d’ici à l’année prochaine. Pour atteindre cet objectif, nous engageons des actions concrètes. À l’issue de la saison estivale, nous avons une promotion dédiée aux saisonniers qui souhaiteraient continuer leur expérience professionnelle à nos côtés.

Concrètement, comment formez-vous les saisonniers ?

AP – Nous les formons avant leur prise de poste. Mais, ce qui nous préoccupe le plus, c’est qu’ils ne perdent pas en compétences entre deux saisons. Nous avons décidé de maintenir le lien avec eux en partageant des contenus sur les réseaux sociaux. Cette initiative a rencontré une certaine adhésion, mais pas totale ! Nous avons donc déployé, cette année, un dispositif appelé POE (préparation opérationnelle à l’emploi) en étroite collaboration avec France Travail. Une vingtaine d’entre eux bénéficieront de formations entre chaque saison, notamment sur le plan linguistique. Pour les motiver, nous prendrons l’engagement préalable de leur proposer un CDD de cinq mois minimum, transformable en CDI, après la formation. Nous y accordons une grande importance, car nos saisonniers actuels sont nos managers de demain.

Parmi les saisonniers, vous recrutez beaucoup de jeunes actifs. Sont-ils toujours attirés par vos conditions de travail ?

AP – Contrairement à beaucoup d’acteurs de la restauration ou de l’hôtellerie, nous ne pratiquons pas la coupure du temps de travail. Nos salariés sont planifiés sur 35 heures, et nous rémunérons la totalité des heures travaillées, y compris les heures supplémentaires. C’est important de rappeler qu’il y a un contrat de travail qui nous lie. Cela étant dit, il est vrai que la Gen Z est particulièrement attachée au bien-être au travail. Depuis le Covid-19, elle tient encore plus à son équilibre vie professionnelle – vie personnelle. Nous répondons à ces nouvelles attentes, notamment grâce à la localisation géographique de nos sites. Beaucoup sont situés aux pieds de plages ou de montagnes, ce qui contribue à leur épanouissement. L’une de nos réceptionnistes, Mélodie, vit en plein cœur de Biarritz, et va surfer lors de sa pause déjeuner. Son homologue de 30 ans de plus qu’elle, dans la région Normandie, préfère, quant à elle, les semaines de quatre jours afin d’économiser du carburant. Ces deux exemples démontrent que nous nous adaptons aux besoins de nos salariés. La jeune génération est également très attachée à notre démarche RSE et à l’authenticité des actions qui en découlent : nous voulons faire du tourisme de proximité, engagé avec des acteurs locaux, dans le but de réduire notre empreinte carbone. En Normandie, nous avons, par exemple, abandonné le chauffage au fioul afin de passer au chauffage biomasse. Enfin, à l’issue de leur contrat temporaire, et sous certaines conditions, les saisonniers bénéficient d’un séjour gratuit avec une personne de leur choix dans l’une de nos résidences. C’est très apprécié ! Les différentes générations ont des rapports différents au travail, mais leur engagement est le même.

Vous parlez de bien-être au travail. Que proposez-vous aux salariés permanents ?

AP – Nous proposons de nombreux “moments bien-être”. Nos salariés peuvent prendre part à des ateliers de confection manuelle (bougies, décorations) qu’ils peuvent garder au bureau ou ramener à leur domicile. L’idée étant que les équipes partagent des moments créatifs, informels, afin de créer du lien, voire de renforcer les liens existants. Nous proposons également des “moments détente”. Nous avons un partenariat avec une école de kiné proche du siège social. Dans nos locaux, nous avons aussi un cocon connecté : nos salariés peuvent réaliser des micro-siestes au travail. Une application nous permet de réserver des créneaux. Ils peuvent choisir une lumière et une musique d’ambiance relaxantes. Ce court repos est extrêmement bénéfique pour le reste de la journée. Nous avons également des workcafés  : ce sont des espaces de convivialité en libre accès où nous proposons diverses boissons gratuites. Nous mesurons la satisfaction de nos équipes sur 21 critères. La notion de plaisir est notamment scrutée de près. Nous sommes ravis d’avoir obtenu la note de 8/10.

Cette culture d’entreprise va-t-elle de pair avec vos pratiques managériales ?

AP – Tout à fait, les managers occupent une place importante dans la mise en œuvre de nos politiques. Nous nous appuyons beaucoup sur eux, nous leur devons beaucoup ! C’est pourquoi, afin de leur porter une attention particulière, nous organisons des séminaires avec une centaine d’entre eux. Nous leur offrons des moments privilégiés pendant quelques jours. Par ailleurs, le programme “Manageons la réussite de nos équipes” a été mis en place en 2023. Il s’étale sur cinq mois et allie trois éléments majeurs : le bien-être de nos équipes, grâce à l’écoute et au soutien de nos managers. Nous parions aussi sur le collectif, car nous ne pouvons pas mettre de côté la notion de performance. Enfin, nous demandons à nos managers de prendre soin d’eux. Sinon, ils ne seront pas en mesure de prendre soin des autres. En septembre, nous accueillerons la cinquième promotion de managers. Pour l’heure, une centaine a été formée à ces pratiques bienveillantes.

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