Ce Lyonnais d’origine a décroché son diplôme dans la prestigieuse école de commerce HEC Paris au début des années 2000. Alors que la première vague Internet déferle sur la France, son parcours académique lui permet de démarrer une brillante carrière dans le milieu des start-ups, puis dans des cabinets de conseil pour des banques privées. Rapidement, François-Xavier Chenevat, alias Fix, prend des responsabilités : « J’étais un bon élève, donc la suite de mon parcours professionnel s’est également bien passée. Je dessinais uniquement pour le plaisir. Je n’envisageais pas sérieusement le dessin comme un métier. » Pendant une dizaine d’années, il juge sa profession « utile, valorisante, stimulante intellectuellement. Mon environnement de travail et mon équipe me convenaient. Je n’étais pas le meilleur manager, mais j’avais trouvé le bon équilibre entre bienveillance et exigence. Même si cette recherche d’exigence ne correspond pas forcément à tout le monde, j’en ai conscience.«
Perte de sens au travail
Jusqu’au jour où il se rend à Londres. Lors d’une réunion importante, « je réalise que je ne me projetais pas à la place de mon directeur. J’aimais ce que je faisais, mais je savais que ce travail ne suffirait pas à me satisfaire pleinement. Il manquait de sens. » C’est à la naissance de son premier enfant que tout s’accélère : l’envie de faire du dessin un vrai métier devient urgente. « Lorsque mon premier fils est né en 2009, mon rapport au temps a changé. L’inscription dans l’instant présent était plus forte. Quand j’étais jeune, je voulais devenir dessinateur peut-être « plus tard« . Mais plus tard, c’était maintenant« , se souvient François-Xavier. Il amorce alors une reconversion professionnelle, mais tâtonne, car il « ne (savait) pas trop » comment entreprendre ce changement. Afin d’y voir plus clair, il réalise un bilan de compétences : « Je n’ai rien appris de nouveau me concernant. Mais cela m’a permis d’enclencher une véritable réflexion autour de mon avenir professionnel, de me reconnecter à mes envies profondes, grâce à des questions autour de mon rêve d’enfant. Cette démarche a confirmé ce qui m’animait vraiment : dessiner.«
Quitter Paris
En 2013, cette bifurcation professionnelle entraîne toute sa famille dans une sacrée aventure : ils quittent l’agitation de la capitale pour profiter du calme de Louhans, une petite ville située en Bourgogne-Franche-Comté. « Avec ma femme et mes enfants, nous voulions une vie plus simple, plus agréable« , explique le quarantenaire. En parallèle, il commence à se faire connaître en tant que dessinateur, sous le pseudonyme « Fix ». Son sujet de prédilection reste le monde de l’entreprise. Mais, cette-fois ci, plutôt que de subir « certaines absurdités professionnelles, notamment managériales« , l’ancien consultant décide d’en rire et de faire rire les autres. Il abandonne rapidement les dessins réalistes, dont il n’est « pas content« , précise-t-il, afin de se concentrer sur les dessins humoristiques. « L’humour est le meilleur moyen pour éveiller les consciences en douceur, dénoncer gentiment, prendre du recul sur des situations parfois désagréables au travail. Pour autant, je ne suis pas militant, ni donneur de leçons. Je sais à quel point la sphère professionnelle peut être complexe et contradictoire. Mon unique désir est de créer de la connivence avec les lecteurs. » Ses débuts en tant qu’indépendant nécessitent néanmoins du temps et de multiplier les sources de financement, raconte-t-il : « J’ai mis un an et demi à dégager un SMIC. Heureusement, mon activité a ensuite très bien fonctionné, grâce à un effet boule de neige. Mon ancien cabinet a été mon premier client, puis d’autres entreprises ont fait appel à moi. » Depuis, Fix partage son temps entre la réalisation de dessins lors de conférences et de séminaires, la conception d’illustrations de commandes pour les entreprises et la presse, tout en faisant des allers-retours hebdomadaires entre sa terre bourguignonne et Paris afin de « rester connecté au monde de l’entreprise« .
« Une réussite satisfaisante »
Se tenir au courant des dernières tendances est essentiel pour nourrir ses bandes dessinées. Une activité à laquelle il s’adonne depuis 2022, date de sortie du premier tome de Chief Bullshit Officer (Diateino Eds), mettant en scène des personnages animaux sur leur lieu de travail. Depuis, deux autres ont vu le jour, dont le dernier en avril 2024. « J’aime consacrer du temps à cet exercice, mais je ne le formalise pas. Je m’assois devant une feuille blanche dans mon bureau à la campagne et je laisse les idées émerger. Je reviens dessus plusieurs fois entre deux déplacements ou pendant les périodes creuses de l’année. La création d’une bande dessinée requiert un an environ », détaille le père de famille.
Pour l’heure, sa première BD a été vendue à plus de 10 000 exemplaires. « Une réussite satisfaisante », d’après lui, car « ce n’est pas évident de se démarquer » dans ce domaine. Autre revers ? L’isolement engendré par cette activité. Des obstacles que Fix balaye toutefois d’un coup de crayon. Il espère, en effet, donner vie à d’autres livre, ainsi que commercialiser un jeu de société autour de son univers dans les prochaines années.