Carrière

Charge de travail : pourquoi a-t-on l’impression de travailler plus que ses collègues ?

Manque de reconnaissance, présentéisme, surcharge mentale, comparaison permanente… En entreprise, nombreux sont les salariés convaincus d’en faire davantage que leurs collègues. Une perception parfois justifiée, mais souvent biaisée, qui peut dégrader l’ambiance de travail et conduire à l’épuisement professionnel. Explications et conseils de Gael Chatelain-Berry, auteur de "Mon collègue est nul, mais je le soigne !" (First Edition).

Une répartition équitable de la charge de travail est indispensable pour favoriser un climat apaisé en entreprise. C’est au manager de s’assurer qu’aucun salarié (à poste et à salaire égal) n’est à travailler davantage que ses collègues. Cependant, certains collaborateurs peuvent se retrouver dans la posture inconfortable (à tort ou à raison) d’être celui ou celle qui doit abattre le plus de travail.

Manque de reconnaissance

Cette croyance, pas toujours fondée, s’explique par diverses raisons. Dans la plupart des cas, cette pensée plus ou moins éphémère est « une protection psychologique », explique Gael Chatelain-Berry : « Lorsque nous pensons travailler davantage que notre collègue, c’est soit parce que nous n’avons pas de visibilité sur ce qu’il produit au quotidien, soit parce que nous n’avons pas de feedbacks de la part de notre hiérarchie sur notre propre travail. Nous transposons, alors, notre manque de reconnaissance sur les autres. C’est une manière inconsciente de tirer ses propres conclusions, de se rassurer en se disant qu’on fait du bon travail. »

Dans d’autres cas, plus marginaux, cette pensée est toxique. Elle est le reflet du syndrome de Caliméro. « Le salarié se positionne en victime, est dans la plainte et la négativité. C’est une stratégie comme une autre pour attirer l’attention. Mais, c’est contre-productif ! », insiste l’auteur. Cette pensée peut également être une forme de « prétention déplacée. Le salarié qui pense travailler plus et mieux que les autres cherche, en réalité, à les écraser. Ce comportement est malsain et engendre une mauvaise ambiance de travail ! »

Éviter la comparaison

Selon lui, le piège dans lequel il est facile de tomber, c’est « de se comparer à ses collègues, de culpabiliser, et de se mettre à travailler trop intensément pour répondre à des attentes extérieures qui ne seront jamais rassasiées. Ou encore, de compenser les incompétences des autres, un manque de budget au sein de l’entreprise, etc. La personne en proie à cette culpabilité finit par se fatiguer psychologiquement. »

Aussi, il suggère d’entamer deux types de dialogues simultanément : l’un avec son manager, l’autre avec soi-même. Dans le premier cas de figure, il s’agit « de partager sa frustration à son manager, de lui demander concrètement comment la charge de travail est répartie. Car, certains salariés font plus d’heures, mais sont tout simplement moins efficaces que leurs collègues qui réalisent autant de travail en moins de temps. Ce premier échange permettra d’avoir une vision plus objective de la situation », affirme l’auteur.

Dans le second cas de figure, le salarié doit se poser à lui-même les bonnes questions : « Ai-je envie de travailler autant ? Puis-je m’organiser différemment ? Comment gagner du temps ? En arrêtant de participer à des réunions inutiles, par exemple, chacun pourrait gagner 12 jours de travail par an ! », note-t-il.

D’après Gael Chatelain-Berry, cette croyance fondée (ou non) est largement répandue en entreprise, notamment lorsque les pics d’activité sont intenses, et les équipes plus facilement à cran en raison de la fatigue et du stress. « Tant que nous continuerons à favoriser la culture du présentéisme en France, nous ne nous débarrasserons pas de cette idée reçue. Nous nous concentrons trop sur les heures passées au bureau, pas assez sur les résultats. Il faudrait passer davantage en mode projets comme aux Etats-Unis ! »


Article initialement publié en janvier 2025 par Léa Lucas, mis à jour et republié par Fabien Soyez en mai 2026.

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