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Le télétravail séduit moins les personnes handicapées

, par Fabien Soyez

Le travail à distance peut permettre aux salariés en situation de handicap de travailler davantage d’égal à égal, et leur apporter plus de souplesse. Mais nombre d’entre eux vivent mal le télétravail depuis les débuts de la pandémie de Covid-19. Ainsi, ils sont 77 % à estimer que la crise a contribué à les “isoler davantage” au sein de leur équipe.

Depuis le reconfinement, le télétravail, bien que moins utilisé par les entreprises, est à nouveau la norme pour toutes celles qui peuvent le mettre en place. Pendant le premier confinement, 35 % des actifs handicapés ont travaillé à distance, et ils sont probablement la même proportion à travailler à nouveau à domicile.

Pour de nombreux experts, le télétravail est une chance pour les salariés en situation de handicap. Ils le présentent notamment comme une option très favorable pour celles qui sont à mobilité réduite, car limitant notamment les déplacements. Mais  surtout, puisqu’il s’applique à quasiment tout le monde, sans distinction liée à la santé, il estomperait les différences et “les inégalités avec les valides”.

 

“D’égal à égal”

Dans une tribune publiée dans Libération, Anthony Hussenot et Mai-Anh Ngo, chercheurs en sciences des organisations et en droit du handicap à l’Université Côte-d’Azur, écrivent que “ce que l’on ignore souvent, ce sont les multiples inégalités et difficultés que subissent les personnes en situation de handicap dans leur vie professionnelle : pour se rendre sur son lieu de travail avec notamment l’accessibilité limitée des transports en commun et des parkings, mais aussi pour accéder à leur bureau à l’intérieur du bâtiment, pour rejoindre une réunion, se rendre à la machine à café, récupérer un document à l’imprimante, aller aux toilettes, acheter un repas, etc. A cela peuvent s’ajouter des difficultés de socialisation, comme l’impossibilité de participer à certains événements et rites d’entreprises”

Or, avec le télétravail, “toutes ces pratiques quotidiennes de la vie professionnelle qui peuvent parfois s’apparenter à un parcours du combattant pour les personnes en situation de handicap” s’effaceraient. Ce mode de travail leur permettant “de travailler davantage d’égal à égal”, estiment les chercheurs.

“Personne n’a besoin de s’adapter spécialement à l’autre. En pratiquant la visioconférence avec les collègues ou en collaborant via les outils collaboratifs en ligne, tous les travailleurs doivent faire le même effort d’adaptation. Le télétravail permet également aux personnes en situation de handicap de choisir un peu plus librement leur lieu d’habitation et de concilier certains impératifs liés au handicap et l’organisation du travail”, ajoutent-ils.

 

Un isolement aggravé ?

Mais les mêmes chercheurs observent toutefois que le télétravail peut aussi “accroître le risque d’isolement de personnes déjà fragiles”, et qu’il “pourrait aussi aboutir à de nouvelles formes d’exclusion sociale, si les personnes en situation de handicap sont mal accompagnées dans cette transition”.

Car le télétravail se semble pas non plus être la panacée pour les travailleurs handicapés. Selon une étude réalisée depuis les débuts de la crise par l’Ifop et l’Agefiph auprès des personnes en situation de handicap, 65 % d’entre elles sont favorables au développement du télétravail, contre 83 % dans la population générale. Un écart de perception qui s’explique par le sentiment important d’isolement et d’exclusion ressenti par les travailleurs handicapés qui travaillent à distance depuis mars 2020.

Selon l’enquête, 69 % des personnes handicapées indiquent “ressentir davantage de stress et d’anxiété” depuis le début de la crise sanitaire, contre 41 % de la population générale. “Cette proportion est significativement plus élevée que celle mesurée auprès de la population française dans son ensemble, et ne reflue pas depuis quatre mois (67 % en mai, 66 % en juin). Dans le même temps, un tiers des sondés indiquent que leur état de santé physique (37 %) et mentale (32 %) s’est dégradée”, observe l’Agefiph.

 

 

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Logiciels, accords et aides exceptionnelles

“De nombreuses solutions existent pourtant. Certaines sont anciennes (comme les souris, les logiciels de synthèse vocale ou les claviers ergonomiques), d’autres sont plus récentes, mais toutes sont simples à déployer et peuvent s’avérer particulièrement utiles”, remarque Elie Sic-Sic, co-fondateur de Tell Me the Truffe. Selon l’agence de communication spécialisée dans l’inclusion en entreprise, il existe notamment des applications permettant à des personnes sourdes ou malentendantes de suivre des conversations de groupe, par exemple en sous-titrant les appels ou les visioconférences, ou en les traduisant en langue des signes.

À noter qu’à défaut d’un avenant au contrat de travail, le ministère de l’économie incite les entreprises à encadrer et à formaliser ce dispositif à travers un accord ou une charte. Ces documents précisent notamment “les modalités d’accès des travailleurs handicapés à cette organisation”.

Enfin, rappelons que l’Agefiph propose aux employeurs une “aide exceptionnelle” pour permettre l’adaptation du poste de travail au domicile. “Ce financement est mobilisable lorsque la reprise d’activité dans les locaux de l’entreprise ne peut être envisagée, et n’obéit pas à une logique de compensation liée au handicap. L’aide peut concerner le coût d’un équipement informatique, d’un siège de bureau, les coûts de transports, la liaison internet, etc.”, explique l’association.

 

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Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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