Management Crédit : Luc Valigny

Crédit : Luc Valigny

Vitalie Taittinger : “Mon nom est un chemin d’humilité”

, par Innocentia Agbe

Âgée de 36 ans, Vitalie Taittinger a rejoint la Maison de champagne familiale il y a neuf ans. Un choix motivé par la bataille engagée par son père pour que la société reste au sein de la famille. Ambassadrice ainsi que directrice de la communication et du marketing, elle semble avoir complètement trouvé sa place.

Humaine, familiale, ce sont les mots que prononcera plusieurs fois Vitalie Taittinger pour décrire les valeurs de la célèbre marque de champagne créée par son arrière grand-père. En tout cas, un simple coup de fil au siège social a suffi pour récupérer son adresse e-mail. Puis elle nous a donné un rendez-vous téléphonique, tout aussi naturellement. Rares sont ceux qui se révèlent si facilement accessibles.

 

L’ambassadrice

Les responsabilités de Vitalie Taittinger sont multiples. “Je m’occupe de faire en sorte que ce qui concerne l’image de l’entreprise, autre que le produit en lui-même, soit fidèle à l’esprit de la Maison, explique t-elle. En tant que directrice marketing, je gère tout ce qui touche à l’apparence de la gamme. Cela concerne la mise en avant du produit ou encore les objets qui vont véhiculer l’image de l’entreprise dans les lieux où est vendu le champagne. Pour la partie communication, je m’occupe de faire émerger l’esprit de la Maison, de créer des occasions où on peut prendre la parole, j’anime.” Mais ce n’est pas tout. Vous connaissez sûrement le visage de Vitalie Taittinger. Elle est ambassadrice de la marque et prend la pose sur les affiches publicitaires. Un rôle singulier qui s’est imposé un peu par hasard. “Nous étions en train de travailler sur une campagne de publicité. Le Champagne Taittinger a toujours eu comme publicité emblématique une femme derrière un verre qui était inspirée de Grace Kelly. C’est une image qui a vraiment beaucoup marqué les esprits et que l’on appelle ‘L’instant Taittinger’. On voulait donc coller à nouveau à cet esprit. Nous avions choisi un mannequin et un contexte. Mais quand on a présenté le résultat personne n’a été convaincu. On s’est demandé ce qui finalement nous distinguait des autres ? Entre temps, quelques articles où j’apparaissais avec mon père sont sortis dans la presse. C’est à ce moment qu’il a eu cette idée. Cela nous permettait de raconter la famille”, détaille-t-elle. Elle ponctue en plaisantant “et aussi, j’étais beaucoup plus accessible en termes de droit à l’image !”. Quant au fait de se retrouver avec des posters d’elle, notamment au sein de l’entreprise, elle prend de la distance. “Je l’ai considéré comme une expérience rigolote. Une fois que l’image a été faite, je me suis détachée. Elle appartient à la Maison et je n’y pense plus.”

 

Le sauvetage

Un rôle exposé pour celle qui se destinait pourtant à une autre carrière. Elle a suivi des études de dessin pendant quatre ans à l’école Émile Cohl à Lyon. Elle y a appris les techniques de la peinture ou encore de la sculpture. Puis, elle a monté une micro-entreprise dans l’illustration. Elle a travaillé pour différents clients comme Pommery ou Relais & Châteaux. Un univers tout de même proche de celui de sa famille. Pourtant, elle assure qu’elle ne songeait pas du tout à s’impliquer davantage. Elle est alors rattrapée par l’histoire familiale. En 2005, les héritiers, une quarantaine, s’accordent pour revendre le Groupe Taittinger, qui outre le champagne, comprend notamment plusieurs hôtels comme le Crillon, le Lutecia, le Martinez, Kyriad ou encore Campanile. Le tout revient à Starwood Capital, un fonds américain. Mais ce dernier ne souhaite pas développer la marque de champagne et veut la revendre. C’est alors que Pierre-Emmanuel Taittinger, le père de Vitalie, décide de se positionner. “Il a monté une candidature de rachat dans le plus grand secret”, explique sa fille. Un geste qui la touche et qui sera le point de départ de son engagement dans la société, d’autant plus qu’il a fallu que son père se batte pour remporter la partie. “Ce n’était pas gagné. C’était presque la candidature qui avait le moins de chance de réussir financièrement. On était beaucoup plus petits que tous les autres. Face à lui, il y avait des poids lourds comme Albert Frère, des investisseurs champenois.” Appuyé par une banque régionale, Pierre-Emmanuel Taittinger remporte finalement la bataille. “Il l’a fait pour garder cette marque dans la famille. Cela n’avait plus de sens de rester dans mon coin.” Elle demande alors à son père si elle peut rejoindre l’entreprise.

 

Travail d’équipe

“Au début, il n’a pas voulu m’intégrer, explique t-elle. C’était difficile car c’était la famille qui avait décidé de revendre et ce n’était pas évident de prendre la décision de remettre de la famille dans l’entreprise”. De plus, vu son parcours, les compétences qu’elle peut apporter ne sont au début pas évidentes. “Idéalement, il aurait fallu que j’aie fait une école de marketing ou de commerce.” Mais son père lui donne sa chance et elle commence par travailler comme consultante. Des missions qui se sont transformées en temps plein. Elle déménage alors à Reims où se trouve l’entreprise. Et un an après, elle avait rejoint la structure au sein du service marketing nouvellement créé, jusqu’au poste qu’elle occupe aujourd’hui. Des remises en cause de sa légitimité, elle n’en a pas vécu. “Je suis rentrée par la petite porte. Je ne me suis pas imposée, explique t-elle. On travaille dans un esprit d’équipe.” Son frère, Clovis, a également rejoint l’aventure. Il est directeur de l’export. “Nous n’avons pas eu de traitement de faveur. Même si c’est vrai que nous avons une évolution qui est différente. Mais tout le monde a énormément travaillé et continue à le faire.” Elle ne ressent pas non plus de pression supplémentaire à cause de son appartenance à la famille. “Le nom, nous l’avons depuis que nous sommes enfants. C’est un chemin d’humilité qui montre que les choses n’arrivent pas seules. Ce n’est pas une pression, c’est vraiment une voie à suivre. Je suis très fière de ce qu’a fait ma famille mais je reconnais surtout l’énorme travail qu’il y a derrière. Et puis, c’est un projet qui monte uniquement parce qu’il est humainement viable. Je suis fière de me dire que Taittinger est une entreprise où les gens sont contents de venir travailler. La société compte environ 250  salariés.

Dates clés de l’entreprise Champagne Taittinger

Pierre Taittinger découvre la Champagne pendant
la guerre de 14-18 alors qu’il est officier de liaison.
Il se promet de revenir.

En 1932, il s’associe à son beau-frère, Paul Évêque,
et achète la Maison Forest-Fourneaux ainsi que
la Demeure des Comtes de Champagne à Reims.
Il commence alors à développer ce qui deviendra
la Maison Taittinger.

En 2005, le fond d’investissement américain Starwood Capital rachète le groupe Taittinger qui outre le champagne comprend notamment des enseignes d’hôtellerie.

En 2006, Pierre-Emmanuel Taittinger, le petit-fils
du fondateur, rachète la marque de champagne.

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Innocentia Agbe
Journaliste pour Courrier cadres


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