Carrière inegalites-sexes-entreprise

Inégalités femmes-hommes : le rôle des naissances

, par Fabien Soyez

Les salariées du secteur privé gagnaient en moyenne 18 % de moins que les hommes en équivalent temps plein (ETP) en 2015, selon une étude de l’Insee. Principale raison de cet écart : la naissance des enfants, qui pousse notamment les mères à la mobilité, dans des entreprises souvent moins rémunératrices, afin de « concilier vie familiale et professionnelle ».

Malgré les « hausses tendancielles » de leurs niveaux d’éducation et d’expérience professionnelle, les salariées du privé gagnaient en moyenne 18 % de moins que les hommes en équivalent temps plein en 2015, selon une enquête de l’Insee parue le 19 février 2019 dans la revue Insee Analyses.

« Plus de la moitié de cet écart demeure, une fois neutralisées les différences de caractéristiques productives observées (expérience, éducation, catégorie socio-professionnelle », constate l’Institut d’études statistiques et économiques. Pour expliquer ce phénomène, « la littérature met en avant deux types de mécanismes : la diversité des politiques de rémunération des entreprises, mais aussi l’impact différencié des naissances des enfants sur les carrières des femmes et des hommes ».

En effet, note l’Insee, « les écarts de salaire entre les sexes peuvent apparaître lorsque les entreprises rémunèrent différemment leurs salariés femmes et hommes de productivité équivalente, et/ou, lorsqu’elles les paient de manière similaire, si les femmes sont plus souvent employées que les hommes dans des entreprises moins rémunératrices ».

 

Une baisse de salaire pour les mères après une naissance… mais pas pour les pères

Dans son enquête, l’institution constate d’abord un écart de salaire « bien plus élevé » entre mères et pères qu’entre non-parents. Dans le détail, les femmes gagnent 6 % de moins que les hommes à 25 ans, puis 13 % à 35 ans et 20 % à 45 ans. « Cette évolution est, pour l’essentiel, due à l’accroissement des écarts entre mères et pères : les mères gagnent 11 % de moins que les pères à 25 ans, mais 25 % de moins à 45 ans, alors que l’écart entre sexes chez les salariés sans enfant se maintient autour de 7 % à tout âge », écrit l’Insee. Au total, l’écart de salaire entre pères et mères est de 23 %

Cet accroissement des écarts s’explique d’abord, selon l’étude, par la baisse de salaire des mères après la naissance d’un enfant (entre – 2 % et – 3 %)… quand les pères « de compétences productives égales et salariés des mêmes entreprises bénéficient d’une légère hausse (+ 3 %). » À ces « désavantages financiers immédiats », s’ajoutent, note l’Insee, des « divergences » entre mères et pères, tout au long de la carrière, « de choix d’employeurs et/ou d’opportunités professionnelles (mobilités, promotions) ». Finalement, le désavantage salarial lié à la maternité « s’accroît dans les années suivant les naissances ».

 

femme-enceinte-entreprise

« Les mères travaillent de plus en plus souvent dans les entreprises moins rémunératrices »

Dans le secteur privé, l’Insee constate une « plus forte concentration de femmes que d’hommes de mêmes compétences productives dans des entreprises généralement moins rémunératrices », qui compterait pour 11 % des inégalités de salaire horaire selon le sexe.  « Les écarts de primes entre femmes et hommes se creusent près de 5 ans après la naissance du premier enfant, et 3 ans après la naissance du deuxième enfant. Cet accroissement provient pour l’essentiel de l’effet de répartition qui double entre 5 et 20 ans après la naissance d’un enfant. Les mères travaillent de plus en plus souvent dans les entreprises moins rémunératrices, alors que les pères sont plus fréquemment en emploi dans celles qui versent les plus fortes primes », peut-on lire dans l’enquête.

Selon l’Insee, s’exercent aussi des « effets de sélection » dans l’emploi des jeunes mères. « En particulier, dans les familles d’au moins deux enfants, la hausse observée des primes des entreprises les deux années qui suivent la naissance du cadet, illustrerait le fait que les mères employées dans les entreprises les moins rémunératrices quitteraient temporairement leur emploi, certainement pour s’occuper de leurs enfants. Dans le même temps, celles employées dans les entreprises très rémunératrices n’interrompraient pas leur carrière », analyse l’institut.

D’après l’étude, les mères travaillent « de plus en plus souvent, relativement aux pères », dans des entreprises offrant des « horaires flexibles », notamment dans celles où le temps partiel est développé. Ainsi, si avant la naissance, le taux de collègues à temps partiel approche déjà les 20 % pour les femmes, contre 14 % pour les hommes, l’écart augmente après la naissance, « la rupture de tendance étant marquée pour les parents de 2 enfants ou plus ».

 

Les mères « moins enclines que les pères à changer d’employeur »

En outre, l’Insee constate que les mères travaillent de plus en plus souvent, après la naissance des enfants, à proximité de leur domicile – ce qui leur permet de « concilier vie familiale et vie professionnelle », mais qui peut « aussi imposer des contraintes supplémentaires pour les mères, réduisant leurs marges de négociation avec les employeurs et leurs opportunités salariales ». Par exemple, note l’institut, « les mères, plus que les pères, travaillent dans des entreprises dans lesquelles une plus grande part de salariés est rémunérée au Smic ».

Enfin, elles seraient « moins enclines que les pères à changer d’employeur, surtout entre 2 ans avant et 10 ans après une naissance, périodes de fortes progressions de carrière chez les hommes. »

 

 

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


Sur le même thème