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S’adapter aux codes de l’entreprise : pour quoi faire ?

, par La Rédaction

Chaque entreprise est un microcosme avec ses jeux de pouvoirs, ses luttes internes et son propre mode de fonctionnement. S’adapter à ses codes est impératif pour assurer son intégration. Néanmoins, cela ne fonctionne que si l’on parvient à rester à soi-même dans cet exercice. C’est là que le bât blesse. Par Gisèle Szczyglak, Chief Executive Officer and Founder of WLC Partners.

Les survivants d’une espèce ne sont pas les plus forts ni les plus intelligents, mais ceux qui s’adaptent le mieux au changement”, Charles Darwin.
Si l’on croit Darwin : ceux qui réussissent ne sont pas les plus forts mais ceux qui s’adaptent le mieux. Toute la force de l’épopée humaine semble se concentrer dans une technique d’adaptation à son environnement pour aboutir à la création d’un écosystème : un milieu spécifique sur lequel on agit et qui agit sur soi dans une boucle de rétroaction et de régulation permanente. L’anthropogenèse parle de “loge écologique” pour désigner l’adaptation des êtres humains à leurs milieux, les multiples façons dont ils s’en emparent pour le rendre viable – ce qui est le point le plus important !
Une fois ce constat établi, qu’est-ce que cela signifie, au jour le jour, pour mes pratiques de manager dans l’écosystème de mon environnement professionnel ? Que veut dire : s’adapter à son milieu ?

Rituels
Si j’explore le champ sémantique de l’adaptation, plusieurs perspectives s’offrent à moi. S’adapter signifie s’approprier puis s’accommoder. La question est la suivante : qu’est-ce que je m’approprie lorsque je travaille, manage, communique, évalue mes collaborateurs et tente de progresser dans ma carrière pour évoluer professionnellement ? Avant tout, une série de codes : des habitudes, des pratiques, des rituels, des cultures internes. Des schémas d’influence entre collaborateurs, pairs et executives que je dois comprendre, intégrer et, pour cela, vouer une partie non négligeable de mon temps à jouer aux anthropologues sur Mars !

Éloge de soi
Qui fait quoi dans quel but ? Voilà la devise qui flotte en toile de fond de mes longues journées de travail. Sans devenir complètement paranoïaque, je comprendrais que c’est cela s’accommoder : intégrer une somme d’inconnues avec lesquelles je vais devoir composer et que je vais tâcher de rendre familières et assimilables. Je me dois alors de développer le sacro-saint sens politique dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est fondamental mais dont personne ne sait vraiment, à la lettre, ce qu’il signifie, ni comment l’appliquer dans son environnement professionnel. Existe-t-il quelque part une série de trucs et astuces que je pourrais intégrer au-delà des stratégies réseaux et d’alliances justifiant le principe de Pareto* appliqué à l’éloge de soi et à la nécessité – quasi darwinienne pour le coup – de nourrir la visibilité de sa performance ? Pour être réellement efficace et optimiser mon adaptation à mon environnement, sur 100 % de temps de travail, je dois réserver a minima 20 % de mon temps à montrer que ce que je fais, c’est bien, mérite le nom de performance, justifie amplement mon salaire et me positionne sur le poste + 1. Une première façon d’être politique est de créer ma loge écologique sur le jeu de piste de la compétition avouée et inavouée entre collègues. Faisant cela, je vais essayer de m’harmoniser car je dois rester moi-même en m’habituant à cette pratique. Ce sont mes cohérences personnelle et professionnelle qui se jouent et brisent d’un seul coup un mythe.

Sauvegarde
Il n’y a pas vraiment de séparation entre le moi professionnel et le moi personnel. Pour réussir mon adaptation, si je ne veux pas ajouter à ma pratique intense de la compréhension des codes de mon entreprise un élément de distorsion schizoïde**, je dois commencer à reconnaître que, certes, je ne suis pas entièrement ce que je fais dans mon quotidien, mais que je suis dans ce que je fais. C’est bien moi qui mène les tâches les moins attractives et les projets les plus inspirants avec mes valeurs, mes besoins, mes limites et mes aspirations. Ne me reste plus qu’à m’ajuster à cette sorte d’existentialisme pragmatique qui me permet de me sauvegarder à l’intérieur de moi – dans mes compétences dites “soft”, mon savoir-être logé au cœur de mes ressources personnelles – et à l’extérieur – dans mes livrables, mes reportings, mon management, mon leadership et ma communication.

Énergie vitale
M’acclimater en permanence à cette matière floue sera mon driver. Mais comment font les autres pour s’adapter ? Ce fameux sens politique semble reclus dans l’expérience des uns et des autres que seule une volonté délibérée de partager permet d’appréhender et de comprendre. Comment transmettre ce qui n’a pas été vécu ? Partager, échanger ses perceptions et points de vue sur les situations rencontrées permet de rester soi-même tout en développant l’indispensable degré de compréhension des enjeux de son environnement – ce qui se passe vraiment – et de mettre des mots sur qui fait quoi. Développer la coopération pour mieux vivre la compétition, s’adapter aux autres… et avant tout à soi pour ne pas perdre le fil intérieur : l’énergie vitale, le sens initial de l’action. Apprendre à naviguer entre les codes de l’entreprise pour réussir en cohérence avec soi-même.
À vous de jouer. Sachez mettre en place un détournement salutaire : vivez les codes de manière positive !

* 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes.
** Trouble de la personnalité caractérisé par un manque d’intérêt pour les relations sociales.

La Rédaction


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