Il est 9 heures. Huit personnes sont réunies pour un « point sur le lancement du nouveau produit ». Le marketing présente la campagne. La finance interroge les marges. La production signale un risque de retard. Après quarante-cinq minutes, quelqu’un demande : « Mais qu’est-ce que nous devons décider aujourd’hui ? » Silence. La réunion avait un sujet, mais pas d’objectif.
Un sujet n’est pas un objectif
Je retrouve souvent cette scène. Les échanges sont sérieux, mais personne ne sait précisément ce que le groupe doit produire dans la réunion. Le sujet indique de quoi nous allons parler. L’objectif précise ce que nous devons obtenir grâce à cette conversation. La différence peut paraître subtile. Mais elle est fondamentale.
« Lancement du produit X » est un sujet. « Décider si nous maintenons la date de lancement malgré le retard de production » est un objectif. « Point RH » est un sujet. « Identifier les trois recrutements prioritaires du trimestre » est un objectif. Quand l’objectif est clair dès l’invitation, les participants savent pourquoi ils vont venir. Quand il est flou, chacun arrive avec sa propre interprétation.
La question à poser avant toute invitation
Avant toute invitation, une question simple : Qu’est-ce qui nous fera dire que le temps consacré à cette réunion a été bien utilisé ? Pas : « De quoi allons-nous parler ? » Mais : « Avec quoi devons-nous repartir ? » Une décision ? Un arbitrage ? Un plan d’action ? Un engagement collectif ?
Si la réponse n’est pas claire, la réunion n’est probablement pas prête. Parfois même, elle n’est pas nécessaire. Pour transmettre une information, un message écrit peut suffire. Pour recueillir des avis, un document partagé sera parfois plus efficace. Et si une seule personne possède la responsabilité de décider, réunir douze personnes peut devenir un simulacre.
Une réunion est utile lorsque plusieurs personnes doivent produire ensemble : confronter des points de vue pour renforcer la qualité de la proposition, arbitrer, décider ou produire un plan d’action.
L’objectif guide les participants et la préparation
Un objectif vague conduit à inviter trop de monde : « au cas où », « pour information », « pour que tout le monde soit dans la boucle ».
Vous devez « faire un point sur un projet informatique ». Qui inviter ? La réponse est floue. Mais si l’objectif devient « décider si nous reportons le déploiement au 5 avril », les personnes réellement nécessaires apparaissent immédiatement. Les autres peuvent être sollicités par écrit avant et recevoir une synthèse après.
Même logique pour la préparation. « Merci de lire la présentation » produit rarement l’effet espéré. En revanche : « Demain, nous devrons choisir entre les scénarios A et B. Merci de venir avec votre recommandation, les risques associés. Peut-être même pourrez-vous solliciter des avis avant ? »
Dans le premier cas, on demande de consommer de l’information. Dans le second, on prépare une contribution. Un ordre du jour efficace aide à préparer la réunion, engager activement les participants et à savoir quand la discussion est terminée.
À lire aussi
Réunions : un outil puissant de leadership
Tenir le cap sans fermer le débat
Même avec un objectif clair, une réunion peut dériver. Un sujet voisin apparaît, un ancien désaccord ressurgit. L’objectif ne sert pas à empêcher ces contributions. Il permet de décider quoi en faire :
« Ce point nous aide-t-il à prendre la décision prévue ? »
« Devons-nous le traiter maintenant ? »
« Faut-il le conserver pour plus tard ? »
Je ne crois pas qu’une bonne réunion soit un espace où chacun peut parler de tout. Je crois qu’elle est un espace où chacun peut apporter ce qui est utile au travail collectif, dans le cadre de l’ordre du jour validé par tous au début de réunion. Donner la parole ne signifie pas renoncer au cap. Tenir le cap ne signifie pas fermer le débat.
Revenir sans cesse à l’objectif
Au démarrage, une phrase suffit : « À la fin de nos cinquante minutes, nous devons avoir choisi une option et avoir défini les trois premières actions. Est-ce bien ce que nous devons produire aujourd’hui ? »
La réunion doit ensuite se conclure en revenant à la question initiale : avons-nous atteint l’objectif ? Qu’avons-nous décidé ? Qui fait quoi, pour quand ? Une réunion ne se termine pas lorsque le temps est écoulé. Elle se termine lorsque les participants savent ce qu’ils ont produit et ce qui va se passer ensuite.
Clarifier l’objectif est un acte de leadership
Clarifier l’objectif n’est donc pas une simple technique d’animation. C’est un acte clair de leadership, au moment de l’invitation, réitéré au démarrage de la réunion, vérifié à la conclusion. C’est aussi une manière de respecter le temps, l’intelligence et les responsabilités des participants. La réunion est l’un des lieux où la stratégie prend vie, se traduit en décisions puis en actions. Mais c’est aussi là que la stratégie peut se brouiller. Avant votre prochaine réunion, complétez d’abord cette phrase :
« À la fin de cette réunion, nous devons avoir… »
Si la suite ne vient pas clairement, cette réunion n’est pas encore prête. Ou peut-être n’est-elle pas nécessaire ?