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Mobilité dans les DROM-COM : « La vision idyllique des vacances doit se confronter au réel »

Chaque année, de nombreux Français sont désireux de mettre les voiles vers les territoires ultramarins tricolores, tels que La Réunion, la Martinique ou la Nouvelle-Calédonie. Si la plupart de ces installations sont réussies, il s’agit toutefois de ne pas sous-estimer la distance géographique avec la France hexagonale, et toutes les différences culturelles qu’elle sous-tend.

Beaucoup rêvent, un jour ou l’autre, de tout quitter et de partir s’installer dans les départements et régions d’outre-mer (DROM) : Martinique, Guadeloupe, Guyane française, La Réunion et Mayotte. Ou encore dans les collectivités d’outre-mer (COM) : Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, la Nouvelle-Calédonie, ainsi que les Terres australes et antarctiques françaises et l’île de la Passion-Clipperton.

Syndrome du vacancier

Si ces territoires sont soumis aux mêmes lois législatives et démarches administratives qu’en France hexagonale, à quelques adaptations locales près, il ne faut pas négliger les « spécificités de chacun », prévient Pascal Leclère, directeur du cabinet de recrutement Potentiel, dont une partie de l’activité se déploie dans les DROM-COM. À commencer par leur localisation sur le globe. La distance géographique qui les sépare de la France continentale est l’un des premiers facteurs de retour prématuré. « Certains territoires se situent à plus de 24 heures d’avion. Ce qui ne permet pas de rentrer régulièrement. Le manque de la famille se fait rapidement sentir », a-t-il observé.

De plus, ce critère géographique entraîne d’autres différences : socio-économique, politique, fuseaux horaires, climat, paysages, langue, pratiques managériales, ou encore rapport au travail. C’est pourquoi « lorsque nous recrutons des profils qualifiés en provenance de la France hexagonale, nous nous assurons qu’ils aient vraiment conscience de ces différences culturelles. »

Autre point de vigilance ? Garder à l’esprit qu’un contexte de vacances est différent d’un contexte professionnel. « Nous pouvons adorer nous rendre sur ces territoires pour décompresser, mais y vivre au quotidien est une expérience à part », ajoute Pascal Leclère. « En vacances, nous abordons les choses positivement, complète Madly Schenin-King, cheffe d’entreprise de Majorine depuis six ans, spécialisée dans l’événementiel à la Martinique. Nous sommes moins regardants sur les prix. Nous ne faisons pas attention aux embouteillages, aux prix immobiliers en augmentation, au nombre limité d’écoles et de médecins. La vision idyllique des vacances doit se confronter au réel. »

Cette réalité peut aussi rattraper le partenaire et les enfants. « Si le cadre dirigeant s’installe seul, ou avec des enfants en bas âge, ou a plus de 55 ans, cela ne pose pas trop de problème. Mais, si son conjoint ne trouve pas de travail sur place, ou si ses adolescents s’apprêtent à entamer des études supérieures, cette mobilité professionnelle peut se compliquer », souligne Pascal Leclère. Lors de recrutements déterminants, il privilégie ainsi des candidats ayant connaissance du territoire ou la possibilité d’y faire des allers-retours en amont. « Cette découverte préalable facilitera leur intégration, celle de leur famille, et limitera grandement les risques de retour précipité », affirme-t-il.

Des économies résilientes

Dans le même temps, les DROM-COM affichent de nombreux atouts naturels sur lesquels certains secteurs économiques capitalisent. Exemples ? L’agriculture, la grande distribution, le BTP, la santé, ou encore l’hôtellerie et les activités touristiques. En 2025, le tourisme reste une manne financière incontournable sur l’ensemble de ces territoires. À la Martinique, par exemple, Frédérique Dispagne, gérante depuis six ans du Patio Foyalais à Fort-de-France, se dit « impressionnée » par la résilience du secteur : « En dépit du Covid-19, des récentes violences urbaines, ou des épisodes cycloniques, 2023 et 2025 sont de très belles années. Notre chiffre d’affaires a doublé », se réjouit la responsable. Elle aime à dire : « Quand le tourisme va, tout va ! Il crée des emplois et dynamise tous les autres secteurs. » Attention, toutefois, au phénomène de surtourisme, délétère pour la population et la biodiversité. « Heureusement, ce n’est pas le cas ici », note-t-elle.

Si certaines recrues arrivent de France continentale pour travailler dans ces domaines, il est important, selon l’expert en recrutement, de comprendre le rapport au travail des locaux. Leur rythme de travail et leur manière de communiquer diffèrent de la France hexagonale. « L’après-midi, il fait très chaud. Les habitants préfèrent commencer très tôt, vers 7 heures, et terminer tôt, vers 15 heures. Ils accordent aussi une grande importance aux autres. Tout le monde se connaît. Le télétravail ne s’est pas développé partout, car les équipes apprécient de se retrouver au bureau », illustre Pascal Leclère.

Pour parvenir à créer du lien social, Madly Schenin-King recommande notamment de « décentrer son regard, d’adapter ses habitudes, d’afficher une volonté d’intégration en s’ouvrant aux autres. Cette posture permettra de comprendre les nuances et les stigmates de ces territoires. » Quant aux chefs d’entreprise désireux de lancer ou de délocaliser leur activité, il est fondamental d’anticiper certains points, d’après Romain Carjuzaa, spécialiste de l’entrepreneuriat au sein d’Oasys Consultants, ayant accompagné des sociétés dans leur développement à La Réunion. Car les clients ne sont pas les mêmes, les tensions immobilières pour trouver un local de travail parfois plus élevées, les délais bancaires plus longs, les équipements ou les produits spécifiques insuffisants ou difficiles à importer, les destinations des aéroports plus restreintes, etc. « Il faut avoir en tête ces facteurs, bien connaître le marché avant de s’y implanter. Une adaptation régionale sera inévitable. Trouver un associé sur place peut être un véritable atout », suggère-t-il.

Des activités extérieures

Il s’agira également d’être attractif. Des entreprises sur place proposent des fourchettes de salaire entre 90 000 et 200 000 euros annuels bruts pour des cadres dirigeants. Cependant, « il ne faut pas que les différences salariales soient trop grandes entre locaux et hexagonaux, sinon cela peut entraîner de vives tensions », alerte Pascal Leclère.

Enfin, la qualité de vie est plébiscitée par celles et ceux qui y posent leurs valises. Si les divertissements culturels sont peu présents sur ces territoires, les activités outdoor, elles, sont foisonnantes, grâce à la prédominance d’une nature verdoyante. « Si les nouveaux arrivants sont sportifs et aspirent à passer leurs journées à l’extérieur – pour faire des randonnées, du bateau, de la pêche, ou se balader au bord de la plage –, ils seront les plus heureux du monde ! », termine Pascal Leclère.

Les DROM-COM en quelques chiffres : Ces territoires de surfaces variées comptent 3,4 % de la population française, d’après l’INSEE en janvier 2025. Soit plus de 2,3 millions d’habitants, dont La Réunion en tête (896 200). La Guadeloupe en enregistre 380 400 ; la Martinique 355 500 ; Mayotte 329 300 ; et la Guyane 292 400. En revanche, ni l’INSEE ni le ministère de l’Intérieur n’indiquent les flux migratoires annuels. Les statistiques officielles portent uniquement sur la France entière.

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