Danemark retraite carrière
Actualités

Retraite à 70 ans : la France pourrait-elle suivre l’exemple du Danemark ?

Fin mai 2025, le Parlement danois a adopté une loi relevant l'âge de la retraite à 70 ans à partir de 2040, contre 67 ans actuellement. Dans le même temps, les discussions patinent depuis des mois en France. Alors qu'elles devraient aboutir ce mardi 17 juin 2025, serait-il imaginable et souhaitable de suivre la trajectoire du Danemark et nombreux autres pays européens ? Décryptage d'Yvanna Goriatcheff, directrice chez Synergie Executive, cabinet RH international.

Si la réforme des retraites en France a entraîné de vives contestations en 2023, les discussions – supposées repousser l’âge du départ à la retraite à 64 ans – patinent toujours. Dans le même temps, nos voisins européens font évoluer leur législation, conscients des enjeux économiques et démographiques autour de cette question. Parmi eux ? On retrouve la hausse du taux de chômage chez les jeunes actifs, la hausse de l’espérance de vie ainsi que la baisse du taux de natalité dans la plupart des pays développés.

Pour l’heure, la France est l’un des pays où l’âge de départ à la retraite est le plus bas en Europe : 61,45 ans en moyenne en 2022, comme l’indiquent les chiffres de l’OCDE ci-dessous. Contrairement aux 62,5 ans en Italie, 63,1 en République tchèque, 64,45 aux Pays-Bas, 65 en Suède, 65,6 au Portugal et en Irlande. « En France, nous sommes attachés à ces acquis sociaux protecteurs. Mais cela va devenir problématique pour notre système de retraite par répartition. Des biais cognitifs nous empêchent de nous projeter au travail autrement », pense Yvanna Goriatcheff, directrice chez Synergie Executive, cabinet RH international.

Europe retraite

L’âge moyen de départ à la retraite dans l’Union européenne en 2022.

Source : OCDE / Touteleurope.eu

Favoriser l’intégration des seniors en entreprise

Cet état d’esprit récalcitrant se traduit notamment par la difficulté des organisations tricolores à intégrer les profils expérimentés (dont l’âge se situe autour de 50 ans). Des stéréotypes circulent : ils demanderaient des salaires plus élevés, ne maîtriseraient pas (ou peu) les outils numériques, seraient plus fatigués et/ou malades que les jeunes collaborateurs, etc. « En théorie, les entreprises savent qu’elles devraient se saisir de ce sujet, mais dans les faits, peu s’en préoccupent », poursuit la dirigeante.

C’est pourtant un enjeu de société fondamental. Elle suggère ainsi des pistes d’amélioration, telles que : des réductions d’impôts et/ou de cotisations patronales pour inciter les entreprises à garder plus longtemps leurs seniors. Mais aussi, à les former jusqu’à la fin de leur carrière, à développer des programmes de mentorat avec les jeunes collaborateurs afin d’encourager l’intergénérationnalité, à aménager leur poste de travail (matériel ergonomique, flexibilité des horaires, jours de télétravail supplémentaires, etc.) Et enfin, pousser l’ensemble des managers et des salariés à prendre soin de leur santé physique et mentale pour rendre favorables les conditions d’allongement de leur vie active.

« Ces mesures contribueraient à motiver ces profils expérimentés. Tout le monde ne rêve pas de la retraite à 60 ans. Au contraire ! Pour des raisons personnelles variées, beaucoup d’actifs aspirent à continuer de travailler pendant leur soixantaine. Elles motiveraient également les autres salariés : prendre soin de nos aînés est toujours la démonstration positive de valeurs humaines fortes en entreprise », souligne-t-elle.

Principe de réalité

Si ces leviers ne sont pas activés – ou que trop partiellement – par les organisations, les conséquences pourraient être « aussi dramatiques qu’irréversibles pour notre pays », prévient Yvanna Goriatcheff. De gré ou de force, la France pourrait voir son système de retraite par répartition disparaître au profit d’un système par capitalisation, comme dans une majorité de pays, à commencer par anglo-saxons. Ce n’est pas tout ! Les entreprises pourraient perdre en partie ou en totalité la « mémoire » des actifs les plus expérimentés dont les connaissances et les compétences sont parfois rares et pointues dans certains secteurs. Ne pas les intégrer, c’est aussi prendre le risque d’un appauvrissement général en France.

En dépit de cela, les résistances persistent en France, « le gouvernement, les entreprises et les citoyens doivent jouer leur partition et avancer main dans la main, affirme la dirigeante. Dans le monde dans lequel nous vivons, toutes les grandes étapes de nos vies (études supérieures, début de la vie professionnelle, parentalité, ndlr) ont été décalées, nous faisons des pauses dans nos carrières, le télétravail* adoucit les conditions de travail : 70 ans, c’est le nouveau 55 ans ! Nous devons donc être pragmatiques.« 

C’est pourquoi, s’inspirer du modèle danois est une évidence selon elle. « Nous faisons face au même défi, nous aurons tous la même solution. Face à cette réalité, nous devons renouveler notre manière de travailler, imaginer le monde du travail de demain. Notre système de retraite en dépend, mais il faut y aller progressivement. » Pour rappel, en France, les partenaires sociaux participent encore à la concertation sur les retraites. Ils se donnent jusqu’au mardi 17 juin 2025 pour parvenir à un accord avec le patronat.

*Entre 2019 et 2023, la part des personnes salariées pratiquant le télétravail (au moins occasionnellement) est passée de 9 % à 26 %, selon la Dares. Autrement dit, tous les actifs français n’en bénéficient pas.

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)