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Expatriation au Canada : « Les profils qualifiés et les entrepreneurs pourront toujours s’y installer et travailler »

Grâce à ses atouts, le Canada est un aimant à expatriés : démarches administratives aisées, opportunités d’emploi stimulantes, salaires élevés, rapport au travail équilibré, connexion avec la nature... Mais, depuis plusieurs mois, cette attractivité semble se retourner contre les actifs internationaux désireux de s’y installer.

L’engouement pour le Canada ne se dément pas depuis de nombreuses années. Sa population est passée de 35 à 41 millions en seulement 10 ans. En 2023, le nombre d’habitants a bondi de 3,2 %, soit une hausse de 1 271 872 nouveaux résidents. Un record inégalé depuis 1957, selon les données officielles du service fédéral de l’immigration. Si le gouvernement de Justin Trudeau menait la politique migratoire la plus ambitieuse des pays du G7, il a fait volte-face en octobre 2024. Le Premier ministre a annoncé une réduction de 21 % du quota de résidents permanents en 2025. Ce qui n’a pas manqué de provoquer une déflagration auprès des travailleurs internationaux : « C’est une décision historique qui a surpris tout le monde, reconnaît Léa Sanquer, cheffe du Canada au sein du réseau international  Frenchfounders. L’immigration va fortement chuter dans les prochaines années.« Le nombre de résidents permanents, fixé initialement à 500 000 par an, devrait passer à 365 000 d’ici à 2027. »C’est problématique dans un contexte où la population vieillit et où des entreprises manquent déjà de main-d’œuvre, poursuit-elle. Mais, ce choix répond à d’autres défis auxquels le pays est confronté, comme des difficultés grandissantes d’accès aux soins et au logement, une hausse du chômage.« 

Un taux de chômage record

Ces flux migratoires massifs ont, en effet, entraîné une hausse du nombre de demandeurs d’emploi. Au point d’atteindre, là encore, un record en août 2024 avec un taux de chômage de 6,6 %. Du jamais vu dans ce pays depuis sept ans, à l’exception de la période pandémique. D’après les estimations du Fonds monétaire international (FMI), le taux de chômage devrait s’établir à 6,25 % pour l’année 2024. Les principaux secteurs concernés par ce phénomène sont : l’hébergement et la restauration (-2,4 %), le commerce de gros et de détail (-0,8 %), ainsi que les services professionnels, scientifiques et techniques (-1 %). Si certains secteurs sont en difficulté, d’autres, en revanche, « restent très porteurs, comme les jeux vidéo, la biotech, et l’intelligence artificielle. L’économie canadienne est très diversifiée« , détaille la porte-parole de Frenchfounders.

Le taux d’emploi était de 81,2 % au Québec, et légèrement inférieur (79,4 %) dans le reste du Canada en 2023, selon les dernières données de l’Institut de la statistique du Québec. En mars 2024, les salaires ont même progressé de 5,1 % en moyenne par rapport à 2023. Les actifs doivent, cependant, être précautionneux, car ils ne cotisent pas pour la retraite comme en France, et doivent payer les études de leurs enfants. Dans le même temps, comme la plupart des économies mondiales, le pays n’échappe pas à l’inflation. Celle-ci a grimpé à 2 % en octobre 2024, contre 1,6 % le mois précédent. « Ce contexte entraîne une augmentation du coût de la vie. Ce qui n’arrange pas la situation économique mitigée du pays« , ajoute-t-elle.

À noter que cette décision gouvernementale devrait concerner en priorité les étudiants et les profils peu qualifiés. Aussi, Michael Schwartz, chef d’entreprise français à la tête des Affutés et de Conexa, installé à Montréal depuis 2018, temporise : « Cette mesure ne concernera pas tout le monde ! Les profils qualifiés et les entrepreneurs, francophones notamment, pourront toujours s’installer et travailler au Canada. » Des programmes et des subventions continueront d’encourager les entrepreneurs étrangers à créer leur entreprise. Lancer son activité est « plus simple ici« , affirme-t-il, à condition de respecter certaines étapes : « Il faut être humble au début, car on recommence tout à zéro. Cela demande de prendre le temps d’appréhender de nouveaux codes culturels, et de construire son réseau professionnel. Au Canada, comme aux États-Unis, tout fonctionne par recommandation. En gardant cette pratique en tête, et en travaillant beaucoup, on peut réussir.« 

Forte harmonie sociale

Si une grande partie du territoire est francophone, le marché du travail canadien se rapproche, en effet, davantage du modèle anglo-saxon. Le droit du travail y est, notamment, plus flexible. « Les expatriés sont recrutés plus facilement, mais peuvent aussi être licenciés plus rapidement« , explique Léa Sanquer. Idem pour les pratiques managériales : « Les entreprises laissent leur chance aux salariés internationaux. Le système hiérarchique est plus horizontal. Les managers instaurent des rapports de confiance. Si les objectifs sont atteints, les salariés peuvent progresser rapidement dans la hiérarchie et percevoir des augmentations salariales intéressantes« , détaille l’experte du Canada.

Un territoire aux multiples visages

Quant au rapport au travail, souligne-t-elle, il permet aux « salariés de commencer tôt et de finir tôt afin de garder un rythme de vie général équilibré. La vie sociale et familiale occupe une place importante. Cela se concrétise à travers des programmes parentaux, comme des congés paternité et maternité allongés. Les femmes ont jusqu’à un an pour s’occuper de leur bébé« . Autres marqueurs forts du marché du travail canadien : la diversité et l’inclusion. « Le racisme et le sexisme sont inimaginables ici, complète le dirigeant. Le système se veut le plus égalitaire possible. On retrouve beaucoup de femmes dans les instances dirigeantes. Cela participe à un apaisement social à l’échelle du pays. Ce qui donne à beaucoup envie de rester ici ! « 

La superficie du Canada, enfin, « est à la fois une force et une limite« , estime Michael Schwartz. En étant le second plus grand pays au monde après la Russie, le pays bénéficie « de territoires étendus, naturels et peu peuplés. Il y a beaucoup de place pour s’installer, travailler, et pour s’échapper des grandes villes le temps d’un week-end. » Mais, c’est aussi une contrainte pour les expatriés français, adeptes du Québec, car « plus ils s’installent à l’ouest du pays, plus ils s’éloignent de la France. Le décalage horaire s’accroît, ce qui complexifie les échanges avec leurs proches« . Les différences culturelles, sociétales et linguistiques s’exacerbent également : « Le Québec, comprenant Montréal, est européen et francophone. Toronto est proche de la vie à l’américaine et anglophone, tandis que Vancouver est tourné vers l’Asie avec une grande communauté de personnes de cette région. Choisir sa localisation, c’est faire un choix de vie déterminant pour la suite de son expérience canadienne !« , termine le dirigeant.

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