RSE consigne

Mobilisation écologique des grands groupes : Vieux pots et meilleures soupes ?

, par Nicolas Monier

Dans un contexte de mobilisation écologique, les grands groupes, soucieux de répondre aux attentes de leurs clients ne pouvaient rester inactifs. Parmi les nouvelles recettes mises en place, d’anciennes méthodes justement issues de l’économie circulaire, comme la bonne vieille consigne.

 
Difficile en mai dernier d’être passé à côté du lancement de la plate-forme Loop. En effet, la société Terra-Cycle, associée à plusieurs géants de l’agro-alimentaire parmi lesquels notamment Coca-Cola, Danone ou encore Nestlé, propose désormais aux consommateurs de remettre au goût du jour le bon vieux système de la consigne abandonnée voilà plus de 30 ans. Les clients ont ainsi la possibilité de commander en ligne certains produits de consommation courante dans des contenants durables, réutilisables et consignés. Dernière étape, la récupération chez les consommateurs de ces emballages vides qui sont alors entièrement reconditionnés et de nouveau prêts à l’usage.

 

De l’occasion chez Ikea

“Si cette fameuse consigne a été abandonnée en France il y a plus de trente ans au profit de la collecte sélective, le bac jaune, pour les produits/emballages à destination des ménages, c’était bien en raison de son impact environnemental global négatif (surconsommation d’eau et de pétrole lié au transport notamment)”, remarque Christèle Chancrin. Et la dirigeante de la société E3 Conseil, spécialisée en eco-contributions et réduction d’emballages de poursuivre : “De plus, par méconnaissance de notre système de gestion des déchets (par ailleurs d’une complexité infinie), les gens ne mesurent pas à quel point la réintroduction de la consigne, loin de récompenser leur geste, va coûter beaucoup plus cher sur nos produits.  Par exemple, un surcoût de 0,2 euro par bouteille versus 0,1 euro via la REP emballage [responsabilité élargie des producteurs].”

Mais, on le voit, face à la lassitude des consommateurs pris dans l’étau de la consommation de masse et la prise de conscience environnementale, les grands groupes se devaient de prendre un virage eco-friendly. “Avec Loop, on observera une scission entre deux mouvements zéro-déchet : le mouvement initial, engagé, qui achète déjà ses produits en vrac ou chez le producteur, bien souvent localement et en bio ; et le mouvement “Loop”, adepte des produits de grande distribution, qui continuera à consommer à l’identique mais avec la conscience plus tranquille sur la gestion de ses déchets. Cela ne va pas vraiment dans le sens de l’autonomie et de la responsabilisation citoyenne, même si c’est déjà plus responsable que le modèle de grande distribution classique que l’on a connu jusqu’à aujourd’hui”, analyse Tiphaine Vidal à la tête d’Ethik Partner, société spécialisée dans le conseil en développement durable/RSE.

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Dans un autre registre, mais toujours sur ce créneau de l’économie circulaire, le géant suédois Ikea expérimente en Écosse la vente de produits d’occasion. Le vieux concept de seconde main marketé désormais par le spécialiste du mobilier en kit. Pour les clients, la possibilité de revendre leurs anciennes acquisitions contre des bons d’achat. Pour Ikea, le souhait de reconditionner ses produits avant de les revendre à bas coût. Une économie circulaire que certains experts saluent.

“Étant donné le nombre de produits qu’il met sur le marché, c’est important ! Il intègre par exemple depuis plusieurs années du carton recyclé dans son mobilier en lieu et place de l’utilisation de bois massif limitant un peu la déforestation. Le fait qu’il teste actuellement la collecte de son mobilier usagé a plusieurs intérêts : le consommateur est récompensé par un bon d’achat quand il rapporte son mobilier usagé ou dont il souhaite se défaire, note Christèle Chancrin.  Et pour l’enseigne, collecter ses propres produits facilitera les opérations de réparation et de reconditionnement en vue de leur réutilisation ou bien le recyclage des matériaux car elle en maîtrise mieux que quiconque leur composition et les techniques de fabrication.”

 

Le big data en ligne de mire

Mais certains experts, comme Tiphaine Vidal s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas vraiment d’un retour en arrière, puisque la plupart de ces groupes conserve toujours leur modèle “grande consommation” tout en s’engageant dans des activités à caractère social ou environnemental. D’autres, comme l’entrepreneur belge Gunter Pauli, chantre du développement durable sont plus cyniques.

“Je crois que l’intérêt des vingt-cinq grands acteurs associés au projet Loop est de pouvoir s’approprier les données très détaillées de leurs clients. Ces entreprises, et ça vaut aussi pour Ikea, sont obsédées par l’opportunité d’obtenir les données consommateurs ! C’est à mon sens une approche purement big data. Mais j’ai confiance dans les intentions de TerraCycle. Tom Szaky, le fondateur de TerraCycle, a déjà prouvé par le passé sa détermination et sa capacité à mobiliser les multinationales.” Affaire à suivre.

 
 

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