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Déclarons la guerre aux personnalités toxiques

, par La Rédaction

Mohamed Ali mettait 230 millièmes de seconde pour repérer et réagir, par un uppercut, à un signal lumineux. Cela semble rapide comme l’éclair. Pourtant il a été démontré qu’il fallait seulement 21 millièmes de seconde à des étudiants pour synchroniser spontanément leurs mouvements et les émotions associées : victoire par KO de la contagion émotionnelle. Par Christophe Haag, professeur en comportement organisationnel à L’EM Lyon Business School.

 

Le phénomène de contagion émotionnelle peut se définir comme le transfert des émotions d’un individu à l’autre. Il s’opère principalement par simple imitation spontanée des expressions émotionnelles (visage, corps, voix…), de son interlocuteur. Je vous en parle car, en tant que managers ou cadres en entreprise, vous pratiquez un métier assurément émotionnel. Un métier de contact au centre duquel les relations interpersonnelles sont essentielles pour alimenter une dynamique d’équipe, partager une vision, susciter l’adhésion, accroître sa légitimité ou encore gérer des conflits.

Vous transmettez sans cesse vos émotions – enthousiasme,  sérénité, mais aussi angoisse ou colère – parfois sans même vous en rendre compte. D’après un célèbre dirigeant américain, 50 à 70 % du climat émotionnel d’une équipe est directement influencé par les émotions que dégage le ou la chef. Nombre d’études en psychologie sociale viennent confirmer que leur position et le niveau d’attention qu’on leur prête, les rendent particulièrement contagieux d’un point de vue émotionnel.

 

Tous touchés

Chacun d’entre nous doit se poser la question : suis-je plus souvent pourvoyeur/se d’émotions bénéfiques, autrement dit des émotions qui aident à socialiser, à prendre de meilleures décisions, à s’adapter, bref qui sont fonctionnelles ? Ou toxiques, c’est-à-dire des émotions qui altèrent la qualité de la  relation et la prise de décision, sont souvent disproportionnées, inadaptées, bref qui sont dysfonctionnelles au sein d’une équipe ? Ce sont les individus de la deuxième catégorie que j’appelle des “enflures toxiques”.

Ces individus pullulent dans les organisations comme les lapins dans la verte prairie écossaise. Une fois le loup dans la bergerie, difficile de le déloger tant ce type de personnalité compliquée dispose de ressources extraordinaires pour vous mener la vie dure. Alors, on les laisse “tranquilles” pour éviter les esclandres, les conflits à répétition, voire un procès coûteux ! Pire, on les laisse recruter des gens comme eux, par mimétisme et instinct de survie. Par leur manque d’empathie, leurs comportements asociaux, machiavéliques, voire psychopathiques ou pervers, ces personnes font beaucoup de mal. Elles contaminent négativement leur entourage professionnel, frustrent, pompent l’énergie et détruisent psychologiquement.

 

Testez-vous

Le résultat, on le voit au combat pour celles et ceux qui les subissent au quotidien : troubles psychosomatiques, baisse de la motivation, tendance dépressive, risque de burn-out, augmentation de l’absentéisme et, cerise sur le gâteau, fuite des “bons éléments”. Si nous sommes tous l’enflure toxique de quelqu’un, certains le sont de manière plus régulière et intense !

Je vous invite à passer le tetox40 (1)pour savoir à quel point vous êtes toxique ou bénéfique pour vos équipes, et apprendre, si nécessaire, à corriger le tir. Comment ? L’une de nos études en cours révèle que les managers dotés d’un niveau d’intelligence émotionnelle (IE) élevé sont moins machiavéliques, comparés à ceux dont le niveau d’IE est plus bas. Travailler cette compétence (2) devrait baisser votre taux d’ “acidité”, l’équilibre émotionnel se résumant souvent à une simple PHmétrie.

 

Les émotions toxiques, plus contagieuses que les autres

Attention : rien n’empêche que l’on vous contamine. Vous aussi êtes mitraillé(e) d’émotions à longueur de journée. Selon votre profil plutôt “Bob l’éponge” (très perméable aux émotions d’autrui) ou “Robocop” (moins réceptif), vous pouvez être plus ou moins facilement et fréquemment intoxiqué(e). Un surdosage d’anxiété peut par exemple vous pousser à faire de l’hyperglycémie, de l’hypertension, affaiblir votre système immunitaire, troubler votre sommeil et votre alimentation. Lutter contre la toxicité émotionnelle ambiante est à mon sens d’intérêt général, au même titre que les préoccupations d’ordre écologique.

Nous vivons actuellement ce que j’appelle un “hum” (3) émotionnel négatif dans les entreprises françaises et à un niveau sociétal plus généralement. Il s’agit-là d’un surplus de négativité qui peut nous amener à nous entre-déchirer. Il est grand temps de renverser les choses, d’autant plus que, selon les résultats de recherche scientifiques, les émotions toxiques seraient plus contagieuses que les autres. Il faut donc redoubler d’efforts pour espérer un contre-effet.

Ainsi ai-je voulu explorer dans mon livre, “La Contagion Émotionnelle”, qui est avant tout un livre d’espoir, des pistes concrètes pour decrypter les émotions toxiques de nos têtes et de nos corps. Pour conclure, souvenez-vous de ce chiffre : 21, soit en millièmes de seconde le temps qu’il faut pour contaminer émotionnellement quelqu’un. Il doit vous rappeler comme disait l’autre, qu’un grand pouvoir implique une grande responsabilité.

 

(1) L’un des nombreux tests du livre.

(2) Mesurée chez les managers par un test psychométrique made in France, le QE Pro.

(3) En référence au “hum”, un bourdonnement entendu ici et là sur le globe et qui annonceraient selon certains la fin des temps.

 

L’auteur

Christophe Haag est professeur à l’EM Lyon, chercheur en psychologie sociale, et chroniqueur pour la Harvard Business Review en France, le magazine de la Santé sur France 5, et Courrier Cadres.

 
 

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La Rédaction


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Vos réactions (1)

  1. Steph, le

    Bonjour
    Article très intéressant !
    Personnellement , j’ai intégré une compagnie dans laquelle j’ai eu un manager toxique, je n’ai pas vu arriver les choses. Au bout de quelques temps à force de subir des remarques, des pressions et de la dévalorisation , usée et complétement déstabilisée j’ai fini par aller chez mon médecin généraliste qui m’as arrêté – car mon investissement dans mon nouveau poste cumulé à un management archaïque qui jugeait au présentéisme et non à la qualité de travail – m’ont mené au Burn-out … J’ai fini par dénoncer ce manager à la hiérarchie, une question d’honneur et de courage pour essayer de me sortir de cette situation psychologiquement difficile à vivre.
    Personne n’est à l’abri de vivre ce type de situation il faut alors oser dire «  ce manager est nuisible » pour essayer de rebondir.

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