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Management et méthodes de travail : Walt Disney, l’artiste qui prenait des risques

, par Eve Mennesson

Si Walt Disney inspire la magie et la féérie, le créateur de Mickey était avant tout un homme d’affaires à l’américaine qui osait prendre des risques, challengeait ses équipes et piochait des bonnes pratiques autour de lui.

 

En 2006, le Grand Palais a consacré une magnifique exposition à Walt Disney. Son dessein : mettre en évidence les nombreuses influences artistiques qui jalonnent les œuvres du studio. Les arbres qui effraient Blanche Neige, par exemple, rappellent les illustrations de L’Enfer de Dante par Gustave Doré. Les souris de Cendrillon sont librement inspirées de celles de Beatrix Potter. Quant au château de la Belle au bois dormant, il serait un croisement entre le château de Louis II de Bavière et le Palais du Louvre tel que représenté dans une enluminure des très riches heures du Duc de Berry… “Walt Disney était passionné par le travail des autres artistes. Quand il voyageait, il achetait des livres et des illustrations qui inspiraient ses projets. Il avait cette capacité à relier différents points pour en faire une image”, rapporte Sébastien Durand, spécialiste de l’histoire de Disney au sein de The Walt Disney Company France. Une inspiration principalement européenne mais aussi américaine : la scène où Blanche Neige rencontre le prince ressemble très précisément à une scène du Roméo et Juliette produit par la MGM en 1936.

 

Une petite abeille

Ce sont donc des sources très diverses qui alimentent l’imagination de Walt Disney. “Disney assumait sans complexe ces emprunts divers, en apparence discordants : Shakespeare et le vaudeville, le cinéma d’avant-garde et le cinéma populaire, la peinture classique et l’illustration pour enfants, Stravinsky et l’harmonica”, résume Bruno Girveau, commissaire général de l’exposition du Grand Palais. Les inspirations de Walt Disney ne sont pas qu’artistiques. Il voue également un véritable culte aux innovations technologiques. “Lors de ses voyages en Europe, Walt Disney ne visite pas que les musées, mais aussi les usines. C’est en visitant une usine allemande qu’il a l’idée d’équiper le parc Disneyland d’un monorail”, raconte Sébastien Durand.

Pierre Lambert, historien du cinéma d’animation, parle dans son ouvrage Walt Disney : l’âge d’or, des nombreuses innovations technologiques adoptées par les studios Disney : le Cinephone pour sonoriser les aventures de Mickey, le procédé Technicolor qui lui permet de réaliser le premier dessin animé en couleur (Flowers and Trees, qui reçut un Oscar), la caméra multiplane qui offre l’avantage de pouvoir avancer dans le décor (utilisée notamment pour faire avancer la roulotte de Pinocchio), le rotoscope qui projette image par image sur la table à dessin le film d’un comédien ou d’une comédienne en prise de vue réelle, etc.

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Des innovations technologiques qui lui permettent de réaliser ses rêves les plus fous. Comme celui de proposer un long-métrage d’animation. Son biographe Bob Thomas raconte d’ailleurs que c’est lors d’un séjour à Paris, où un cinéma projetait plusieurs courts-métrages les uns à la suite des autres, que Walt Disney fut conforté dans l’idée qu’un long-métrage d’animation pouvait plaire au public.

La réussite de Blanche Neige permet au studio Disney de devenir un acteur à part entière d’Hollywood. Mais, pour cela, Walt Disney a dû croire en sa bonne étoile et prendre des risques. “Il a hypothéqué sa maison pour financer Blanche Neige. Il n’hésite pas à se mettre en danger pour lancer de nouvelles choses”, rapporte Sébastien Durand. Un véritable self-made man à l’américaine qui évolue au cours des années en grand patron typiquement américain, à la poigne de fer.

 

“Il eut l’intelligence de recruter des artistes dont les connaissances dépassaient de beaucoup les siennes”

Mais s’il est connu pour détester les syndicats, il sait que le succès de son studio repose avant tout sur le talent de ses employés. Au journaliste John Bright, il rapporte une conversation qu’il a eue avec un petit garçon : “Lorsqu’il m’a demandé ‘Monsieur Disney, que faites-vous au juste ?’ , j’ai répondu que je me voyais comme une petite abeille qui va butiner du pollen d’un département des studios à un autre en stimulant tout le monde”. Du pollen qui peut parfois se trouver dans les poubelles : Sébastien Durand révèle que Walt Disney se rendait dans ses bureaux le dimanche pour fouiller dans les corbeilles des animateurs et en ressortir des dessins qu’il jugeait bons. Surtout, il a su s’entourer de très grands artistes. “Il eut l’intelligence de recruter des artistes dont les connaissances dépassaient de beaucoup les siennes, des émigrants venus d’Europe pour la plupart. Ces artistes apportaient la maîtrise technique de leur art mais aussi toute la tradition esthétique et l’héritage artistique de leur pays respectif”, relate Bruno Girveau.

Pour former les dessinateurs moins talentueux, une école d’animation a été créée au sein du studio. Et pour chacun de ses films, il n’hésite pas à faire appel à des professionnels : du cirque pour Dumbo et de la représentation animale pour Bambi. Car pour Walt Disney chaque détail compte. “Il peut être épuisant pour ses équipes”, reconnaît Sébastien Durand. Par exemple, le personnage de Jiminy Cricket a été revu et corrigé maintes fois, comme le relate Pierre Lambert dans son ouvrage. Une exigence dont il ne se départira pas, jusqu’à sa mort le 15 décembre 1966, alors que l’animation du Livre de la jungle s’achevait.

 

À retenir

* S’inspirer du travail d’autres professionnels tout en conservant sa propre personnalité

* Savoir s’entourer des meilleurs et les stimuler, les challenger

* S’ouvrir aux innovations technologiques

* Oser et accepter de prendre des risques

 
 

Eve Mennesson


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