RSE Format WEB (15)

Changer les comportements sur le handicap : e-learning ou experience learning ?

, par Camille Boulate

Tribune – Malgré les progrès constatés depuis le vote des lois sur le handicap de 1987 et de 2005 qui imposent aux entreprises de plus de 20 salariés d’employer au moins 6 % de personnes handicapées, les choses doivent encore bouger. Par Elie Sic-Sic, fondateur de Tell Me The Truffe, la première agence de communication spécialisée sur les sujets du H-handicap et de la diversité.

Plus d’une personne handicapée sur cinq (21 %) est au chômage et seulement 25 % des travailleurs handicapés sont titulaires d’une formation supérieure contre 44 % pour l’ensemble des français. Si nombre d’entreprises sont désormais sensibilisées à la question, les regards et les comportements de leurs salariés tardent à changer. Le sujet concerne pourtant chaque collaborateur, car une personne sur deux sera confrontée à une situation de handicap dans sa vie.

 

80 % des handicaps ne sont pas visibles

Beaucoup préfèrent pourtant éluder le sujet. Il faut dire que le quotidien les y aide bien puisque 80 % des handicaps ne sont pas visibles : diabète, cancers, troubles psychiques, etc. Face à ce constat, il est temps de s’attaquer au principal frein à l’insertion professionnelle des personnes handicapées : les préjugés et les comportements qui en découlent. Pas en imposant ou en contraignant bien sûr, mais, au contraire, en impliquant, en éduquant et en partageant. Objectif : aborder les sujets du handicap de façon simple, dédramatisée pour éveiller l’intérêt, susciter la réflexion et la prise de conscience.

 

Des entreprises moteur du changement

Si la loi imposant 6 % de travailleurs en situation de handicap dans chaque entreprise a permis de changer en profondeur la question du handicap, la majorité des organisations reste confrontées à la question des moyens pour atteindre cet objectif. Souvent associées aux partenaires sociaux, les entreprises s’engagent en faveur d’une meilleure intégration des travailleurs handicapés en leur sein, conscientes qu’une bonne partie des progrès passera par une meilleure connaissance et une plus grande compréhension du sujet handicap par l’ensemble de leurs salariés. De plus en plus d’entreprises marquent ainsi une volonté d’irriguer l’ensemble de leurs actions RH – recrutements, formation des collaborateurs… – avec une approche créative et personnalisée, plus proche de leur culture d’entreprise.

 

Parler pour défaire les préjugés

Pour ce faire, nombre d’entre elles ont choisi de proposer des formations, de déployer des solutions et des outils d’apprentissage, notamment d’e-learning, devant permettre à leurs équipes de se former sur le sujet et les enjeux du handicap. Des déploiements ambitieux qui se fondent sur un constat simple : pour faire disparaître les préjugés et les comportements qui en découlent, il est fondamental de parler du handicap. Il faut en finir avec les tabous et une forme de méconnaissance qui figent et viennent freiner l’insertion professionnelle de plus de 2,5 millions de Français (1).

 

Opter pour le e-learning ?

Avec l’émergence du digital, beaucoup d’entreprises ont fait le choix du e-learning pour attaquer de front le sujet du handicap avec leurs salariés. Pourtant, il faut bien admettre que si l’intention est bonne, le choix du e-learning semble peu pertinent. En effet, malgré des budgets souvent raisonnables et la richesse des outils mis à disposition, le e-learning ne permet que trop peu de converser, d’échanger ou de se retrouver face à ses préjugés et contradictions. Il est important de parler du handicap… mais pas seul ! Avec le e-learning, le salarié est un “apprenant”, le plus souvent passif, isolé voire contraint. Dommage quand on sait que la solution passe plutôt par une confrontation simple et franche avec le handicap, son comportement et celui des autres. On est beaucoup plus dans le domaine de la prise de conscience que dans celui de l’apprentissage « académique ». Du coup, bien souvent, les résultats sont décevants : faibles taux de participation et d’attention. Les comportements vis à vis du handicap changent encore trop peu. Une réalité confirmée dans une étude de l’INSEE Ile-de-France de 2014 : 9,2 % seulement des Franciliens en situation de handicap et disposant d’un emploi déclarent travailler dans un environnement compréhensif. Ils sont 15,7 % en région

 

Engager le collaborateur via l’experience learning

Basé sur des outils digitaux et des programmes d’animation viraux, l’experience learning propose pour sa part de créer des conversations et d’interroger les comportements. Inspiré des tests de personnalité qui foisonnent sur les réseaux sociaux, le dispositif engage le collaborateur avec un questionnaire qui interroge directement les comportements qu’il adopterait spontanément face à des situations concrètes. Ici, pas de bonnes ou de mauvaises réponses. L’idée est que chacun, confronté à des situations simples ou complexes, habituelles ou inattendues, se pose les bonnes questions, découvre son profil, le compare et le partage avec les autres salariés.

 

L’experience learning valorise le salarié

Avec l’experience learning le collaborateur se retrouve au cœur du système. Il peut aborder la question du handicap sans détour et prendre conscience qu’il est la clef pour une meilleure insertion professionnelle des personnes handicapées. Amplifié par des mécaniques virales – publication de posts sur les réseaux sociaux, diffusion de goodies au sein de l’entreprise- l’experience learning permet de diffuser les idées et d’accélérer leur partage. La conversation est ouverte et les comportements peuvent enfin commencer à changer dans des entreprises capables de connaître et de mesurer le degré d’implication et de maturité de leurs salariés sur la question de la place des personnes handicapées.

gplus-profile-picture

Camille Boulate


Sur le même thème