Management jeune mutique

S’adapter pour mieux collaborer avec la nouvelle génération

, par Marie Roques

Les nouvelles générations (Y et Z) ont un rapport différent avec le travail. Alors que le modèle, plus ancien, qui consistait à s’ancrer dans une entreprise afin d’y gravir les échelons s’essouffle, on estime aujourd’hui à 12 le nombre d’entreprises qu’un jeune actif fréquentera tout au long de sa carrière.  Pour comprendre la jeune génération, il faut avant tout la connaître. La société actuelle est pavée d’incertitudes si grandes que les entreprises ont deux choix : adopter la stratégie de l’immobilisme ou bien accompagner le changement face à ces nouveaux paradigmes. Par Alexandra Mottier, directrice RH EMEA fonctions commerciales, Software AG.

Le monde change continuellement. Les vérités d’hier sont démenties et les nouvelles générations évoluent dans une société rythmée par les incertitudes : changement climatique, menaces terroristes et autres conflits géopolitiques qui ne laissent que peu d’enthousiasme face à l’avenir. C’est la survie personnelle qui redessine l’insertion professionnelle. Des modèles de travail plus flexibles longtemps évoqués comme free-lance, la flexibilité des horaires ou encore le télétravail s’immiscent dans cette nouvelle normalité professionnelle. Les jeunes salariés représentent aujourd’hui quasiment la moitié de la force salariale en France, et avec les départs en retraite de toute une génération de Boomers, elle sera en forte majorité d’ici quelques années. Face à ce changement de culture professionnelle, c’est surtout la fidélité à l’entreprise qui est rompue. En effet, pour évoluer, les salariés des nouvelles générations ont tendance à multiplier les expériences et rares sont ceux qui restent plus de 5 ans dans la même entreprise.

Un autre aspect important concerne l’ampleur que prend la reconversion professionnelle qui se fait de plus en plus tôt et qui gagne du terrain. Cela peut aussi être mis en parallèle avec la part grandissante des nouvelles technologies qui transforment le travail dans tous ses aspects. Certains métiers qui n’existaient pas il y a encore 15 ans nécessitent de faire appel à de nouveaux profils. En effet, la transformation digitale a fait apparaitre le besoin de recruter des experts dans le cloud, l’intelligence artificielle, le deep learning ou encore être capables de mener à bien des projets de robotisation industrielle. La place des technologies au sein des entreprises n’a fait que croitre en moins de deux décennies et la pandémie actuelle confirme une accélération en la matière, même pour les entreprises qui pensaient être épargnées par ces sujets.

Pour les digital natives, habitués à l’utilisation du numérique et ses changements constants, cette particularité entre beaucoup moins en résonance lorsqu’il s’agit de s’adapter à un environnement de travail. En effet, ce sont les valeurs sociétales qui vont aussi déterminer s’ils peuvent s’intégrer au sein d’une entreprise. Il faut donc que l’entreprise leur ressemble et qu’elle partage une vision commune, faisant encore une nouvelle fois fi des barrières personnelles et professionnelles, déjà moins marquées depuis plusieurs années.

A lire aussi : Génération Y : un rapport nouveau à la rémunération

 

Soutenir cette quête de sens avec les nouvelles générations

Récemment, plus de 30 000 étudiants de grandes écoles dont HEC et Polytechnique ont publié un manifeste intitulé Pour un réveil écologique. Ce document pose la question de la responsabilité individuelle dans le monde du travail et les attentes idéologiques qui sont désormais aussi, si ce n’est plus importantes, que des considérations telles que la rémunération ou le cadre de travail proposé. D’autres sujets rentrent également en jeu comme la place de la diversité en entreprise et de la manière dont les discriminations sont abordées. Par ailleurs, si le bagage éducatif reste bien évidemment important pour s’assurer une bonne insertion professionnelle, cela ne suffit plus aujourd’hui pour évoluer professionnellement. Les études menées à 20 ans seront-elles toujours des plus pertinentes 15 ans plus tard ? A la vitesse à laquelle les métiers changent et évoluent, l’apprentissage se fait désormais tout au long de sa carrière, et va bien au-delà des formations ponctuelles.

Pour les digital natives, il est plus facile d’intégrer cette manière de fonctionner tant la transformation digitale fait partie de leur quotidien. Mais au-delà de leurs simples usages personnels, c’est aussi l’ère de l’automatisation qui pose question face à l’avenir. D’ici à 2039, 14 % des emplois actuels auront totalement disparus. Les effets de la robotisation et de la mondialisation, ainsi que les effets de la crise sanitaire sur la localisation du lieu de travail rebattent les cartes sans cesse. Il faut aujourd’hui s’adapter et être capable de changer de paradigme rapidement.

L’avenir reste encore difficile à prédire pour le monde de l’entreprise. Quels métiers seront nécessaires d’ici une dizaine d’années et qui n’existent pas encore aujourd’hui ? Certains spécialistes se prêtent souvent au jeu des prédictions et évoquent bien évidemment des métiers dans l’analyse de la data ou plus généralement liés aux nouvelles technologies dans leur ensemble. Il n’est d’ailleurs plus à prouver que les données représentent aujourd’hui le nouvel or noir du monde moderne et que pour en connaître les finalités, il faut en maîtriser les codes.

Ces métiers seront principalement occupés par des profils qui n’ont pas encore fait leur entrée sur le marché du travail ou qui débutent actuellement leur carrière professionnelle. Le tissu éducatif ne permet pas aujourd’hui d’anticiper cette réalité. Ce sont donc aux entreprises de jouer le jeu, à la fois dans la création des métiers d’avenir et d’en définir les contours pour les futurs spécialistes.

 

 

Marie Roques

Marie Roques
Rédactrice en Chef


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