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Réformes sociales : « les cadres sont sollicités en permanence »

, par Fabien Soyez

François Hommeril, président de la CFE-CGC, ne cache pas son inquiétude quant à l’impact que pourrait avoir la future réforme des retraites sur les cadres. Il déplore la façon dont le gouvernement actuel “leur demande de payer sans cesse, tout en leur retirant de plus en plus de droits”. Interview.

 

En quoi, selon vous, la réforme des retraites pénalise-t-elle les cadres ?

Mon principal point d’inquiétude porte sur la prise en compte de l’ensemble de la carrière, au lieu des 25 meilleures années dans le privé. Alors que le rapport du haut-commissaire Jean-Paul Delevoye préconisait d’abandonner cette idée, Emmanuel Macron a indiqué sa préférence pour un âge de départ dépendant d’une durée de cotisation. Ce paramètre est pénalisant pour l’ensemble de la population, puisque l’âge moyen d’entrée dans le travail aujourd’hui est de 22 ans, et que si l’on y ajoute 43 années de cotisation, on atteint déjà la retraite à 65 ans. Pour les cadres, qui entrent dans le monde du travail bien au delà de 22 ans, et qui se situent entre 23 et 25 ans, la cotisation est plus longue, jusqu’à 68 ans. Ce système pénalise ceux qui ont eu des carrières ascendantes, avec un salaire de fin très éloigné de celui du début : leur salaire de référence va être tiré vers le bas par la prise en compte des débuts de carrière.

La population des cadres est très disparate. Elle comprend des personnes qui ont fait des carrières modestes, mais avec des responsabilités importantes ; d’autres qui ont eu des carrières heurtées ; et d’autres qui ont eu des carrières plus valorisées. Mais dans le projet de réforme, des incertitudes nous laissent très inquiets sur la stabilité du niveau de remplacement des pensions, par rapport au dernier salaire d’activité, et donc de sa diminution.

Ce système met donc en péril la population des cadres qui va être constituée dans les 40 ans à venir – en majorité des personnes qui auront réalisé 5 années d’études supérieures minimum. Ils travailleront de plus en plus longtemps… avec des conséquences sur leur santé, puisque le stress et la fatigue au travail ne font qu’augmenter de nos jours. L’espérance de vie en bonne santé ne cesse de reculer, le taux d’arrêt ­maladie des plus de 50 ans s’accroît de façon exponentielle : on nage en plein paradoxe.

 

La future dégressivité des allocations chômages risque aussi d’impacter les cadres… Sont-ils donc les grands perdants des réformes sociales ?

 

Les cadres sont de plus en plus sollicités financièrement, à travers leurs contributions et cotisations diverses, ainsi qu’à travers leurs impôts directs, qui ont quasiment doublé entre 2012 et 2017. Ils sont sollicités en permanence, et on les exclut de plus en plus – à travers la réforme des dispositifs qu’ils ont contribué à créer, et qu’ils financent.

Concernant l’assurance chômage, il s’agit d’une mesure honteuse, scandaleuse. Les chiffres sont connus : 42 % des ressources du régime sont assurées par des contributions assises sur les salaires des cadres, 15 % des dépenses d’allocations vont au domaine public, et 27 % des ressources vont à la solidarité intercatégorielle. On prend donc une mesure contre ceux qui financent le plus, de façon excédentaire, le régime d’assurance chômage.

Les cadres sont en permanence les dindons de la farce. On leur demande de payer, et ils ont de moins en moins de droits. Cela se passe à tous les niveaux de la société : il faut payer la cantine  ou encore la carte de bus des enfants plein pot car vous avez un revenu au niveau du plafond de la Sécurité sociale… Vous êtes exclus de tout, et cela génère un gros sentiment de fatigue et de démotivation. Quand un pays (tout comme une entreprise) n’aime plus ses cadres, et les considère uniquement comme des personnes qui sont là pour payer sans cesse sans jamais rien recevoir, il en va de la cohésion même de la société.

 

Le statut cadre risque-t-il d’être menacé par ces deux réformes à venir ?

Selon un sondage Ifop / Cadremploi, 38 % des cadres estiment que le gouvernement souhaite à terme le supprimer. Mais le statut cadre ne veut déjà plus dire grand chose aujourd’hui : il s’agit juste d’une classification particulière suivant l’entreprise dans laquelle on travaille (et donc un niveau de base de rémunération)… et la possibilité pour les employeurs de les faire travailler sans limites horaires et sans paiement des heures supplémentaires. Sur ce plan, il ne s’agit donc pas forcément d’un statut très positif, ni valorisant.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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Vos réactions (5)

  1. LUDOVIC, le

    Je suis cadre est pour tout vous dire j’envisage sérieusement de prendre une activité moins rémunérée mais me laissant plus de temps à quoi bon se battre 12 h par jour pour se faire tondre en fin mois et maintenant en fin de carrière

  2. Mado, le

    Dindons de la farce effectivement; payer toujours plus pour la communauté et de moins en moins de droits ( réforme du chômage un scandale…essayer donc de trouver un emploi passé 55 ans..bien injuste de cotiser toute sa vie et cotiser et le jour où il arrive un coup dur on est pénalisé c’est encore plus vrai quand on est une femme! .) alors que les cotisations des cadres ne baissent pas: travailler plus pour gagner moins! idem pour la retraite les femmes sont encore plus pénalisées que les hommes bravo l »Egalité!
    Les régimes spéciaux ne sont plus tous justifiés et déjà harmoniser les systèmes serait un pas vers un peu plus d’égalité. redonnons aussi le gout de l’effort et du travail au lieu de tirer la société vers le bas gagner de l’argent devrait être bien vu avec le travail qui va avec et un juste retour des efforts faits toute une vie ; un pays qui décourage ses cadres et classe moyenne .est sur le chemin de la décadence..

  3. HERMIER, le

    Bonjour,

    Contrairement à ce qui est dit, je pense que de se baser sur la totalité des années de cotisations et d’avoir une durée de cotisation plutôt qu’un âge de départ est plus juste.
    Certes il en résulte que si on veut partir tôt en retraite alors il faudra commencer tôt à travailler. Et qui dit travailler tôt, dit aussi potentiellement gagner moins.
    Mais il y a des gens qui ont gagné plus certaines années de leurs vie qu’en fin de carrière suite à un changement d’activité. Pour eux ce n’est pas juste de ne prendre que les dernières années. Et pourquoi certains devraient travailler 50 ans alors que d’autres n’en feraient que 40 ? Les premiers seraient contraints de travailler plus longtemps et en plus avec un salaire moindre. Faudrait-il le punir de ne pas avoir pu faire d’étude pour démarrer plus haut sur l’échelle de salaire ?
    Dire à tous vous travaillez x années pour les retraites et après vous pouvez prendre la votre me parait une bonne idée.
    Et j’irai même plus loin, je pense que la retraite ne devrait même pas tenir compte des salaires, uniquement de la durée de travail. Un retraité, qu’il ait été directeur ou manutentionnaire, il a les mêmes responsabilités une fois à la retraite (à savoir aucune). Il faudrait qu’il y ait un montant de retraite et que tous les retraités touchent la même chose à partir du moment où ils ont cotisés le nombre d’années requis.

  4. bierre, le

    Ce qui semble paradoxal c’est qu’à priori ce sont ceux qui ont voté pour l’inspecteur des finances aujourd’hui au pouvoir. Il est pourtant bien connu que dans ce château il ne savent faire qu’une chose, augmenter sans limite les dépenses et donc les prélèvements obligatoires et toujours sur les mêmes, ceux qui, pour l’état comme pour l’entreprise travaillent sans compter leurs heures. Personne ne semble se souvenir du collègue de l’inspecteur des finance Haberer qui nous a couté 15 Mds d’euros que ses collègues du conseil d’état ont tenté de récupérer sur B. Tapie.
    Tant que les cadres n’entameront pas une grève générale illimitée ils seront les dindons de la farce, présentés de plus comme des nantis qu’il est juste de plumer. Les mesure relatives à l’assurance chômage sont les plus scandaleuses jamais prises, tant par la réduction des indemnités versées que par l’absence de réduction des cotisations. Mais dans notre beau pays aucun organisme ne s’y est véritablement opposé!
    Si l’état s’autorise un tel hold up je ne vois pas pourquoi les jeunes (ou moins jeunes) des banlieues se gêneraient !
    Je précise que j’ai eu la chance de ne pas vraiment être concerné par le chômage et que je ne serai très prochainement plus du tout concerné par ses mesures

  5. Réformes sociales : « les cadres sont sollicités en permanence » – nouvellesdefrance, le

    […] Source link […]

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