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Ces applications pour aider les cadres à se déconnecter

, par Fabien Soyez

Les salariés en télétravail depuis un an, et les cadres en particulier, sont épuisés. Plus de la moitié d’entre eux sont même en détresse psychologique. Notamment en raison d’une difficulté croissante à décrocher et à se déconnecter. Pour leur permettre de “s’auto-limiter”, les employeurs peuvent leur proposer d’utiliser des outils destinés à rester “focus” pendant une tâche, ou au contraire à se déconnecter.

Les études se multiplient depuis 6 mois, autour de l’état de santé psychique dégradée des salariés, en particulier des cadres, managers ou non. Selon une enquête récente de Malakoff Humanis, ces derniers sont “épuisés”, usés par la pandémie. Ils aspirent à davantage de bien-être, à commencer par un meilleur équilibre vie professionnelle – vie personnelle.

 

Surconnexion et “workaholisme”

En octobre 2019, avant même l’épidémie de Covid-19, le baromètre de l’Ugict-CGT indiquait que 60 % des cadres souhaitaient disposer d’un droit à la déconnexion “effectif”, pour “préserver leur vie privée et leur santé”. Car la charge de travail et la surconnexion est pour eux une réalité, crise ou non. Ainsi, 20 % travaillent entre 35 et 39 heures, 33 % entre 40 et 44 heures, 24 % entre 45 et 48 heures, et 23 % plus de 49 heures. En parallèle, 59 % déclarent travailler pendant leurs jours de repos.

Le dernier baromètre d’Empreinte Humaine indique de son côté que 58 % des cadres sont actuellement en “détresse psychologique”, contre 49 % des salariés en général. “Sans véritable déconnexion, les répercussions sur la productivité et la santé sont considérables. Avant la crise, les salariés, cadres ou non, avaient déjà des difficultés à déconnecter à cause de leurs appareils numériques, mais ils avaient au moins une coupure créée par les heures d’arrivée et de départ du bureau. Mais avec le travail à domicile, ce sas n’existe plus”, nous expliquait récemment Béatrice Clicq, secrétaire confédérale de Force Ouvrière.

Comment préserver les cadres de cette surconnexion délétère, favorisée par la situation actuelle ? En mettant en place, lors des négociations annuelles obligatoires et celles destinées à encadrer le télétravail, des clauses balisant les horaires de présence. En mobilisant les services RH. Mais aussi en proposant aux cadres eux-mêmes de s’auto-limiter. Et de freiner leur addiction aux écran ou au travail. Car nombre de travailleurs sont aussi, en général, “accrocs” à leurs appareils numériques (1h42 à 3h en moyenne), aux écrans, aux réseaux sociaux, et même au travail lui-même. Selon une étude Odoxa pour GAE Conseil, 81 % des Français considèrent ainsi que le travail à distance entraîne un risque accru de “workaholisme”.

Dans les faits, 78 % des cadres consultent leurs e-mail et messagerie téléphonique professionnelle quand ils sont en week-end et en vacances, selon une étude Ifop-Securex. 40 % d’entre eux consultant « fréquemment » leurs messageries (via leur smartphone).

 

LIRE AUSSI : Droit à la déconnexion : “il faut presque protéger les salariés malgré eux”

 

Des outils pour limiter les distractions ou pour décrocher

Pour permettre aux cadres de se déconnecter d’eux-mêmes, il existe plusieurs outils destinés à aider les utilisateurs de smartphones à décrocher. Pas question de se déconnecter entièrement : l’idée de ces applications (gratuites) est d’adopter un usage plus raisonné et modéré du numérique, une fois l’ordinateur destiné au travail éteint.

En prenant, d’abord, conscience du temps passé sur internet, sur sa boîte e-mail, et sur différentes applications.

Moment et Freedom calculent le temps que vous passez sur l’écran de votre téléphone, et vous proposent des “défis” à accomplir pour réduire le temps d’utilisation de votre appareil. Ces deux applis “éthiques” respectent votre attention selon les principes du Center for Humane Technology, anciennement connu sous le nom “Time Well Spent” (temps bien dépensé). Créé en 2017 par un ancien de Google, ce mouvement met en avant tous les services qui ne rendent pas accro.

Space vous pose quelques questions, puis dresse votre profil d’utilisateur et vous propose un programme adapté de 2 mois, avec un nombre limité de minutes de connexion par jour, et une fréquence maximale recommandée de déverrouillage d’écran. L’objectif est de vous accorder des “espaces de liberté” grâce à un blocage des notifications, à l’assombrissement de l’écran (pour vous inciter à lever le nez), et une fonctionnalité d’interruption forcée. Cette application vous permet en outre de visualiser vos “progrès” grâce à un tableau de bord très fourni en statistiques.

freedom

Opal, une application créée par un développeur franco-américain, permet de limiter l’utilisation des “applications les plus chronophages” afin de se concentrer sur sa vie professionnelle et privée. L’utilisateur peut, par exemple, choisir de n’utiliser Twitter ou LinkedIn que 30 minutes par jour. Une fois ce temps dépassé, le réseau social devient inaccessible. Une option “calendrier” permet aussi de déconnecter les applications de son choix à des moments cruciaux. Objectif : permettre de se déconnecter réellement pendant son temps libre, ou de se concentrer totalement pendant plusieurs heures d’affilée (par exemple, en cas de tâche professionnelle urgente).

* Plus ludique et se voulant aussi “responsable”, Forest vous incite à vous déconnecter en faisant pousser un arbre pendant que vous n’utilisez pas votre smartphone. Lorsque vous vous déconnectez, une petite graine s’affiche sur l’écran d’accueil de votre smartphone. Elle grandit peu à peu et, au bout d’une demi-heure, elle devient un arbre. Mais si vous consultez votre téléphone portable pendant la croissance de la plante, celle-ci se dessèche et disparaît.

offtime

Offtime est plus radical. Il vous propose de bloquer ou de filtrer, pendant une période donnée, tout ce qui n’est pas “essentiel”. Vous ne pourrez pas utiliser Facebook ou Gmail pendant trois heures, par exemple, mais l’on pourra toujours vous contacter en cas d’urgence. Offtime vous permet aussi de bloquer directement tout ce qui vient du travail.

* Dans la même optique, Flipd verrouille le smartphone une fois le “compteur de temps” de l’utilisateur dépassé. Elle ne l’autorise alors plus qu’à passer des appels ou à envoyer des SMS. Et donc, l’empêche de consulter ses e-mails ou de se rendre sur internet. Afin de permettre à l’utilisateur de se concentrer sur ses tâches en cours, il peut aussi verrouiller lui-même son smartphone : pendant un laps de temps donné, des SMS sont envoyés automatiquement aux personnes qui cherchent à le joindre, mais il peut toujours recevoir les appels importants. Et, en cas d’urgence, déverrouiller son appareil pendant quelques minutes.

 

LIRE AUSSI60 % des cadres souhaitent disposer d’un droit à la déconnexion “effectif”

 

Reprendre le contrôle

Google et Apple, dont les systèmes d’exploitation équipent la plupart des smartphones, proposent aussi des fonctionnalités destinées à aider les utilisateurs à “reprendre le contrôle”.

Apple a lancé en 2018 une fonction, baptisée “Digital Health” (santé numérique), qui regroupe plusieurs outils permettant de surveiller le temps passé sur son appareil ou sur une application. Comme avec Offtime et Flipd, la fonction “Temps d’arrêt” permet de tout bloquer, sauf les appels téléphoniques et les applications de son choix.

Google propose de son côté un mode “ne pas déranger” qui permet de désactiver les notifications, ainsi qu’un tableau de bord, “l’App Dashboard”, qui permet de mieux gérer son temps passé sur l’écran – notamment en fixant des limites de temps.

 

Sur son ordinateur aussi

À noter qu’il existe aussi des logiciels de “suivi du temps”, qui permettent de visualiser le temps passé, précisément, sur son ordinateur. Car la déconnexion passe aussi par son PC. Timing, par exemple, analyse la façon dont l’utilisateur utilise son  Mac (les applications, les documents, les sites web utilisés), et lui fournit des rapports complets.

Pour les utilisateurs du navigateur Chrome et de Gmail, InboxWhenReady permet de visualiser un e-mail sans afficher la boîte de réception. Cette fonctionnalité, utilisable sur un ordinateur via une extension de navigateur, permet aussi de verrouiller sa boîte e-mail, et de décider du “nombre de fois” que l’on souhaite la consulter. Avec des conseils réguliers.

Enfin, Freedom est aussi utilisable sur les ordinateurs Mac et Windows. Le logiciel permet là aussi de créer des “listes de blocage” sur son PC, pour des périodes et des laps de temps déterminés.

 

Mais pour se déconnecter, pas besoin de se reposer entièrement sur des outils : salariés et cadres peuvent aussi suivre ces trois conseils basiques du Center for Humane Technology :

– désactiver les notifications,

– utiliser le mode “ne pas déranger”,

– ranger les applications “addictives” dans des dossiers, afin d’être moins tenté de les utiliser constamment.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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