Management Sylvie Royant-Parola, médecin, psychiatre spécialiste du trouble du sommeil et présidente du Réseau Morphée.

Sylvie Royant-Parola, médecin, psychiatre spécialiste du trouble du sommeil et présidente du Réseau Morphée.

“Après une sieste, on est plus performant”

, par Chloé Goudenhooft

Alors que la sieste se pratique sans problème dans les entreprises de certains pays, elle est encore mal vue en France, même si elle commence à se répandre. Or, selon Sylvie Royant-Parola, médecin, psychiatre spécialiste du trouble du sommeil et présidente du Réseau Morphée, elle permet aux salariés d’être plus vigilants et efficaces.

 

La pratique de la sieste en entreprise est-elle bonne pour l’organisme ?
On observe qu’un certain nombre de salariés fatigués dans la journée font la sieste dans les toilettes, dans leur voiture et même à leur bureau. Des recherches montrent qu’en milieu de journée, que l’on ait mangé ou pas, il y a un creux de vigilance. C’est inscrit dans nos gènes. Il peut donc être bénéfique de mettre à disposition des lieux où les gens peuvent se reposer un quart d’heure.

Est-il prouvé que le salarié qui réalise une courte sieste en milieu de journée est plus efficace que les autres ?
Des études le montrent. Un effet immédiat est observé sur la récupération et sur la vigilance. Après une sieste, on est plus attentif, plus performant. Tout le monde a à y gagner, le salarié comme l’entreprise. Mais au-delà du monde même du travail, il a été montré que la sieste pratiquée régulièrement aidait à réduire les risques cardio-vasculaires. C’est très intéressant car cela vient contrebalancer le stress qui existe tout en ayant à long terme des effets bénéfiques sur le cœur.

La sieste est-elle néanmoins faite pour tout le monde ?
Certains arrivent à s’endormir facilement pour faire une sieste et d’autres non. Or dans la sieste, c’est vraiment le sommeil qui est bénéfique. Faire un break pour se détendre, dans une journée très pressurisée et comprimée, n’a aucun intérêt à long terme. Mais le fait de fermer les yeux pendant 10 minutes permet au minimum de se détendre. Ceux qui ont vraiment un coup de barre et qui ont envie de dormir devraient pouvoir se laisser aller pendant 5 minutes plutôt que de lutter entre 13 et 15 heures. Cela devrait être accepté dans l’entreprise. Or cela reste encore mal vu en France, alors que cela permet de récupérer et d’être plus efficace. Les gens prennent bien des pauses cigarettes, ils devraient pouvoir prendre 5 minutes pour se reposer ! Les asiatiques n’ont pas du tout la même vision culturelle que nous à ce sujet. Mais le problème en France, c’est que si l’on commence à préconiser la sieste, on va dire alors qu’il faut installer des salles appropriées, au lieu de faire les choses simplement.

Que pensez-vous du fait de pratiquer des cours comme du yoga, de la méditation, du Qi Gong entre midi et deux heures ? Est-ce aussi bénéfique que de s’endormir ?
Les effets de relaxation sont immédiats, mais on a aucune idée de l’incidence de ce type d’activité sur le fonctionnement du rythme cardio-vasculaire. Néanmoins, cela permet de faire une pause en milieu de journée. En fin d’activité aussi, cela permet de décrocher. C’est bénéfique quelle que soit l’activité choisie, qu’il s’agisse du yoga ou de n’importe quel type de sport. À la pause déjeuner, cela permet de retrouver de la vigilance, mais aussi de mettre de la distanciation vis-à-vis des événements de la journée, de prendre un peu de hauteur par rapport aux choses. Relativiser est toujours bénéfique dans le milieu professionnel, qui n’est jamais évident. Après ce temps de pause, on peut revenir apaisé et reprendre plus sereinement son activité.

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Chloé Goudenhooft
Journaliste pour Courrier cadres


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