Faire face à une humiliation publique

, par La Rédaction

Lors d’une réunion, vous avez émis un avis contradictoire sur un choix de stratégie ou un dossier en cours et votre supérieur ou un collègue a réagi en vous humiliant publiquement. Doit-on relever devant l’assemblée au risque que la situation tourne au conflit, ou passer l’éponge quitte à avoir l’image de quelqu’un de faible ?
 
Une étude sur l’environnement psychosocial au travail issue du programme de surveillance Samotrace* (développé par le département Santé Travail de l’Institut de veille sanitaire), stipule qu’en 2009, 16 % des femmes et 12 % des hommes interrogés déclaraient avoir été exposés à des menaces et des humiliations au cours des douze derniers mois sur leur lieu de travail. S’il est d’autant plus difficile de faire face à ce genre de vexation lorsqu’elle a lieu devant témoins, l’attitude à adopter ne coule pas de source. Peur d’aller au conflit, de passer l’éponge au risque que cela se reproduise, de craquer en public, sont autant de sentiments qui passent par l’esprit de la personne qui a été publiquement humiliée.
 
Opter pour la communication
Selon Pierre Bridon, coach professionnel et personnel, “ce sont malheureusement le plus souvent les femmes qui sont victimes d’humiliations sur leur lieu de travail. Elles auront plus tendance, sans généraliser, à sangloter tandis que les hommes, eux, iront plus au conflit en rétorquant à chaud.”
Suivant les personnalités également, le type de réaction peut être totalement différent, mais le coach prône la communication non-violente. “Il vaut mieux éviter de réagir à chaud, sous le coup de la colère et de l’émotion. Comme on dit souvent dans ces cas-là, les mots dépassent la pensée et on peut vite passer de victime à responsable d’une situation conflictuelle. Il est extrêmement difficile, voire quasiment impossible de raisonner lorsque l’on est en colère.”
Face à une telle situation, Pierre Bridon conseille : “Il vaut mieux quitter la pièce dans laquelle on se trouve en s’excusant auprès des personnes présentes et en les informant que vous ne pourrez pas terminer la réunion. Ce n’est pas une défaite, au contraire, il s’agit ici de réagir le plus intelligemment pos­sible et de ne pas se laisser dépasser par sa colère. Lorsque l’émo­tion sera passée, il y aura possibilité de réflexion et là, il faudra aller voir celui qui vous a humilié et lui exposer les faits : ‘hier en réunion, tu m’as humilié devant tout le monde, cela m’a blessé et mis en colère, or, pour travailler, j’ai besoin de bonnes conditions comme le respect.’ Demandez à votre interlocuteur, au cas où il devrait vous faire d’autres remarques à l’avenir, de les faire en privé.” Une démarche que le coach avoue difficile à effectuer, mais qui a le plus de chance de désamorcer une telle situation. Parfois, un accès de colère ou même le stress peuvent aussi faire dire à vos collègues ou supérieurs des choses qu’ils ne pensent pas, si la personne qui vous a humilié sait le reconnaître, elle en sortira presque grandie, et il n’y aura pas de conflit.
Quoi qu’il en soit, Pierre Bridon est formel, “il ne faut pas intérioriser la colère ou la tristesse, car elles peuvent ressortir à un moment qui n’est pas opportun, ou même corporellement. C’est pourquoi le dialogue est quelque chose d’essentiel pour les deux parties.”
 
Adapter sa réaction
Comme on peut l’imaginer, beaucoup de paramètres entrent en jeu quant à la réaction idéale à adopter. Pour exemple, doit-on réagir différemment si l’on est en tort ? Pierre Bridon explique : “Si la réflexion est fondée, pas dans la forme mais dans le fond, on peut réagir à chaud et dire que l’on n’est pas d’accord sur la façon de faire mais néanmoins reconnaître ses erreurs. Attention encore une fois, cela ne justifie pas que le reproche soit fait de façon à vous humilier.” La hiérarchie joue un rôle primordial dans ce genre de situation, il est évidemment beaucoup plus complexe de devoir “affronter” son supérieur. On constate aussi qu’il y aura moins d’humiliations entre collègues, ou qu’elles se feront sous forme de phénomène de groupe.
Difficile alors, lorsque l’on assiste à la scène, de savoir quoi faire ou dire. “C’est délicat, il y a des gens qui ne supportent pas que l’on réagisse pour eux ou même que l’on prenne leur défense. Malheureusement, on est toujours assez seul face à ce genre de situation, il y a toujours une bonne raison de ne pas réagir pour les témoins de l’humiliation (on pense que cela va nous retomber dessus, que cela ne nous regarde pas…). Comme on ne peut pas savoir à l’avance comment cela pourrait être interprété, on préfère se taire. Par ailleurs, la plupart du temps, seuls les deux protagonistes ont tous les éléments en main, il arrive donc que les témoins ne savent pas de quoi ils parlent”, constate le coach.
Entre collègues, une réaction de la part d’un tiers sera possible car il n’existe pas de lien de subordination. “Si l’on est face à un collègue qui humilie un autre, on interviendra plus facilement en essayant de calmer les esprits. Les conflits de ce type seront plus facilement désamorcés car on ne veut pas qu’un collègue de travail ait une mauvaise image de nous. La question de la hiérarchie se pose donc, [dans les mentalités] c’est la fonction qui fait l’homme, et c’est à cause de cela que celui qui humilie se retrouve en position de force alors que cela devrait être l’inverse”, déplore Pierre Bridon.
Si toutefois la situation devenait redondante, n’hésitez pas à en parler, et sachez que l’humiliation fait partie des faits et comportements qui caractérisent le harcèlement moral. La loi du 17 janvier 2002 intégrée dans un article du Code du travail stipule qu’“aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale, ou de com­promettre son avenir professionnel.”  
 
*Échantillon constitué de 6 056 salariés dont 57 % d’hommes.

La Rédaction


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