Management A,Businessman,Looking,Up,In,A,Train,Station,While,Holding

D’où partent et où déménagent les cadres depuis la crise du Covid ?

, par Fabien Soyez

Le réseau social professionnel LinkedIn a analysé les données de ses membres afin d’étudier la mobilité géographique des professionnels français. L’occasion de découvrir les villes les plus attractives, et celles qui enregistrent des départs.

Où déménagent les professionnels depuis le Covid ? Y a-t-il vraiment une exode des cadres parisiens ? LinkedIn a réalisé une étude sur la mobilité géographique depuis le début de la pandémie, en s’appuyant sur les données de ses 22 millions de membres Français. Son “baromètre de l’emploi”, publié le 7 juillet 2021, tend à confirmer le départ d’un certain nombre de travailleurs de la Capitale.

Premier indicateur calculé : le taux de migration interne ; c’est-à-dire le rapport entre les arrivées et les départs. “D’une manière générale, ce taux a connu une forte accélération au deuxième trimestre 2020, avec un pic au mois de septembre, et la tendance se poursuit début 2021 (avec un taux 38 % supérieur par rapport aux 5 premiers mois de 2020)”, indique le baromètre.

“Beaucoup de membres ont bel et bien sauté le pas, et cela commence à se voir à grande échelle. Les départs de Paris se sont accélérés, tandis que les villes moyennes et les métropoles méditerranéennes ont gagné en attractivité”, note  l’équipe de LinkedIn Actualités.

 

LIRE AUSSISalaires des cadres : L’écart Paris – régions va se réduire avec le télétravail

 

villes-mobilite-1

 

L’exode des Parisiens

C’est donc Paris qui a vu le nombre de départs progresser le plus, avec une différence entre les deux années de -17,6 %. “Ses défauts, comme la surpopulation ou la difficulté de se loger, sont devenus encore plus apparents en situation de crise”, analyse le baromètre. 

“Les envies de nature et d’espace des professionnels étaient déjà de plus en plus fortes avant le Covid-19. Ceux qui ont décidé de bouger la première année étaient déjà mûrs pour le faire. Mais le mouvement va se poursuivre, car la crise a amené davantage de professionnels à se poser des questions sur le sens de leur vie”, estime le sociologue Jean Viard dans l’étude.

Si Paris est à la première place des villes dont partent les salariés et les cadres, “c’est aussi qu’une grande partie de ses habitants peuvent partir sans avoir à changer de poste au préalable”. Ainsi, 60 % de la population d’Ile-de-France aurait la possibilité de télétravailler, contre seulement un tiers des professionnels sur l’ensemble du territoire.

Les deux autres villes où le nombre de départs a le plus progressé durant la crise sont pourtant réputées pour leur qualité de vie. Il s’agit de Toulouse (- 16 %) et de Strasbourg (- 8,7 %). “Mono-industrie, la ville rose pâtit de la crise de l’aéronautique. Le recul de l’attractivité de Strasbourg s’inscrit dans le contexte d’une région Est en crise, faute d’avoir trouvé un nouveau modèle après l’âge d’or industriel”, analyse Jean Viard.

 

LIRE AUSSIQuitter Paris : les 4 questions à se poser avant de partir

 

Des métropoles “alliant dynamisme et qualité de vie”

Les villes où les arrivées de professionnels français s’accélèrent le plus sont Marseille (+ 8,2 %), Montpellier (+ 7,8 %) et Rennes (+ 7,2 %). “Ceux qui ont osé changer de vie se sont rués vers ces métropoles alliant dynamisme économique et qualité de vie. Marseille, par exemple, se démarque dans le numérique, tout en ayant amélioré son offre culturelle”, explique LinkedIn Actualités. Quant à Montpellier et Rennes, “en plus de figurer régulièrement dans les palmarès des villes les plus attrayantes de la métropole, elles sont aussi des ‘villes 15 minutes’”, ajoutent les auteurs de l’étude.

En plein rebond de la pandémie, ce concept fait référence aux agglomérations dans lesquelles tous les lieux importants (bureau, école, espaces verts) sont accessibles en quelques minutes à pied ou en vélo. “En choisissant de quitter la Capitale, les professionnels qui ont changé de poste peuvent aussi plus facilement s’installer à la campagne, tout en gardant des temps de transports raisonnables pour se rendre sur leur nouveau lieu de travail”, précise le baromètre.

 

Des trentenaires avec “moins d’attaches”

L’étude permet de dresser le profil des professionnels qui ont changé de vie cette année. Ils sont majoritairement Parisiens, “notamment grâce au télétravail”, et trentenaires. Au mois de mai, les professionnels de moins de 30 ans ont ainsi été plus susceptibles, à 51 %, de modifier leur ville sur leur profil que le reste des membres français de LinkedIn.

“Cette tranche d’âge présente moins d’attaches avec son lieu de vie, qu’il s’agisse d’un CDI ou de l’école des enfants. L’âge moyen du premier CDI est de 29 ans en France et celui du premier bébé de 30,4 ans. C’est aussi souvent au moment où le foyer s’agrandit que les professionnels vont franchir le pas et décider d’un changement de vie. Après, ça devient plus compliqué”, analyse Jean Viard.

Les Parisiens devenus Marseillais, Montpelliérains ou Rennais travaillent surtout dans le retail (+ 16 % par rapport à 2019), l’éducation (+ 10 %), le tourisme (+ 8,3%) et les médias-communication (+4 %). Ce qui ne semble pas correspondre aux secteurs qui recruteront ces prochains mois. Ainsi, la reprise des embauches que l’on observe depuis mai 2021 se fait principalement dans le bien-être (+ 37,6 %), la santé (+ 16,3 %) et l’immobilier (+ 15,7 %).

 

LIRE AUSSIUn cadre francilien sur 4 recherche un emploi hors de l’Île-de-France

 

“Coworking rural”

Ceux qui ont déménagé tout en gardant leur emploi, grâce au recours partiel ou total au travail à distance, finiront-ils par chercher un nouveau poste plus proche de leur domicile ? “Les professionnels voient d’abord le télétravail comme un moyen pour reprendre le contrôle sur leur quotidien et pas une fin en soi”, note dans l’étude Sylvie Landriève, directrice du think tank Forum Vies mobiles.

Qu’ils soient en ville ou à la campagne, “ils pourraient décider de pérenniser cette organisation en s’appuyant sur les nouveaux espaces de travail qui éclosent partout en France, des espaces de working ruraux aux tiers-lieux qui mêlent bureaux et activités culturelles”, indique de son côté Jean Viard. “Ils pourraient se rendre 2 à 3 jours par semaine dans ces lieux de sociabilisation, afin de tisser des liens et de recréer ce qui pourrait se rapprocher de relations de bureaux”, conclut-il.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


Sur le même thème


Réagir à cet article

Un système de modération est en place sur ce site. Votre commentaire sera en ligne après vérification.


*

* Champs obligatoires