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“Didier Deschamps a su garder la tête froide !”

, par Nicolas Monier

Alors que la France s’est inclinée, dimanche, en finale de la coupe du monde de football au Qatar, face à l’Argentine, la rédaction de Courrier Cadres a interrogé Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle, pour savoir comment transposer le management de Didier Deschamps au monde de l’entreprise.

La France étant revenue plusieurs fois au score avant de s’incliner lors de la séance de tirs au but, à quel point le management du sélectionneur a-t-il été éprouvé ?

La capacité de management de Didier Deschamps est tout à fait exceptionnelle. Il faut être précis et expert dans les changements de joueurs mais en plus les effectuer dans un contexte émotionnel très fort. Face aux montagnes russes que nous avons vécues, nous avons vu un sélectionneur qui a dû garder la tête froide. Il lui a fallu motiver, galvaniser, consoler ou parfois dynamiser ses joueurs. En cela, c’est un vrai exercice de management.

Comment jugez-vous le management de Didier Deschamps au fil de la compétition ? 

Je pense que Didier Deschamps a vraiment progressé en termes de management. C’était déjà quelqu’un d’exceptionnel de par son parcours, son exigence, son travail et la précision de la préparation des matchs. Mais là, il a su faire preuve d’encore plus de sagesse et de recul face à la situation. N’oublions pas qu’il y a eu beaucoup d’obstacles dans la préparation de cet événement. Les polémiques autour de l’organisation au Qatar, les nombreuses blessures des joueurs qui se sont enchaînées ou encore la question autour de la présence de Karim Benzema [NDLR : le vainqueur du Ballon d’or 2022]. Finalement, Didier Deschamps a réussi à mettre ses joueurs dans une bulle et à leur insuffler un message tout le temps positif. Il a su les préserver tout en étant toujours très exigeant avec eux. Il a cette capacité de les ressortir d’un stress trop fort pour en obtenir le meilleur.

Quelles sont les analogies possibles avec le monde de l’entreprise ?

Il y existe un collectif autour de cadres qui ne sont pas forcément amis et où les personnes ne partiraient pas en vacances ensemble. Néanmoins, il est impératif que l’addition des individualités permette à l’équipe d’être encore meilleure. Voilà ce qu’est arrivé à obtenir le sélectionneur national avec des joueurs qui n’étaient pas nécessairement ses premières options de départ. Il met tout cela de côté. Il fait des choix forts et courageux. Il ne se restreint pas. Les changements majeurs effectués en finale à la mi-temps, cela ne lui arrive jamais. Mais ils sont nécessaires pour améliorer la phase du match. Ce qui m’impressionne, c’est d’être capable, en dépit des turbulences et des obstacles, de préserver la quintessence du collectif.

 

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Sports de haut niveau et entreprises présentent-ils d’autres similitudes ?

Il y a beaucoup d’analogies possibles. Par exemple, mêler exigence et bienveillance, notamment avec la nouvelle génération qui arrive aujourd’hui sur le marché du travail. Le degré d’exigence est parfois difficile à atteindre. Il faut donc manier d’autres leviers. La caractéristique similaire entre l’entreprise et les sports collectifs, c’est réussir à tirer la quintessence de chaque joueur pour le collectif. Un profil brillant au poste de milieu de terrain qui n’apporte rien au collectif ne servira pas à grand chose. De même, en entreprise, le fonctionnement en silos peut être un vrai danger. Nous l’avons bien vu pendant la pandémie avec la forte utilisation du télétravail. Une organisation en silos fait que des salariés extrêmement performants ne s’inscrivent pas dans le collectif. Ce sont de réels points de fragilité pour une entreprise. Si l’orchestre n’est pas synchronisé, nous assistons à une véritable cacophonie.

Et que dire de la capacité à se remettre en cause dans la défaite ?

C’est l’une des clés de l’univers du sport. Il n’y a pas besoin de faire des efforts pour se remettre en question. C’est peut-être dans cette aptitude que les entreprises doivent puiser. Même quand on gagne, évidemment quand on perd, il faut analyser ce qui fonctionne bien ou moins bien et l’améliorer. Après avoir digéré la déception, il y a une remise à plat et une remise en question nécessaires. C’est ce qui permet de pousser plus loin le niveau d’exigence. Pour une entreprise, c’est la même chose. Il faut savoir pourquoi nous n’avons n’a pas été performants et essayer de corriger le tir pour la fois suivante.

Quelles sont les ressemblances entre gérer un effectif de sportifs professionnels et des cadres de haut vol ?

Nous sommes entourés d’egos qui ne sont pas forcément que des mâles alpha. Ce sont des effectifs mixtes avec des agendas personnels et des trajectoires différentes. Là encore, l’art du manager ou du cadre dirigeant, c’est de tirer le meilleur de chaque salarié dans l’intérêt du collectif et de l’entreprise. Pour les managers, qui peuvent subir des pressions et traverser des difficultés personnelles, c’est un exercice très difficile qui se joue sur des petits riens et des ajustements.

Nicolas Monier

Nicolas Monier
Journaliste


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