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Des entrepreneurs engagés pour une IA “à la française”

, par La Rédaction

Tribune. La France peut-elle (encore) gagner un leadership sur l’intelligence artificielle ? Le récent discours d’Emmanuel Macron sur le sujet a marqué une première étape et les annonces présidentielles qui ont suivi vont, de l’avis de nombreux spécialistes, dans le bon sens. Seront-elles à la hauteur de la compétition internationale qui s’est engagée dans ce domaine ? Par Haïba Ouaissi, co-fondateur et porte-parole de la France en Croissance.

 

Alors que la France et l’Europe sont passées à côté de la première révolution numérique – à tel point que certains, comme le docteur Laurent Alexandre, se demandent aujourd’hui si nous ne risquons pas de devenir des “colonies numériques des États-Unis et de la Chine” – l’ensemble de notre écosystème doit aujourd’hui se mobiliser pour ne pas rater le virage de l’IA.
Comme le souligne le récent rapport préparé par Cédric Villani sur le sujet, les entreprises américaines et chinoises investissent des sommes colossales dans la recherche et dans l’industrie. À titre d’exemple, Alibaba construit actuellement en Chine une puce capable de travailler 10 fois plus vite que les processeurs actuels dédiés à l’IA, et coûtant 40 fois moins que ces derniers. Aux États-Unis, Google développe également un nouveau type de puce tandis que Facebook et Microsoft réfléchissent aussi à développer leur propre matériel. Où est la France ?
Dans cette course mondiale à l’innovation, la France et l’Europe peuvent faire la différence en inventant leur propre écosystème d’intelligence artificielle. Tous les atouts existent pour y parvenir mais à condition d’agir vite, et de s’appuyer sur le riche tissu économique existant dans ce domaine.
Car, pendant que l’État entame sa mobilisation générale, 80 % des grandes entreprises mondiales du numérique produisent aujourd’hui déjà une forme d’IA (notamment des IA faibles : machine learning ou encore deep learning), tandis que 30 % de celles-ci prévoient d’étendre leur investissement en IA dans les 36 prochains mois, et 62 % espèrent embaucher un responsable de département IA dans le futur.[1] Selon deux études récentes, le PIB mondial pourrait croitre de 14 % d’ici 2030 grâce à l’IA, soit 15 700 milliards de dollars de gains pour l’économie mondiale[2]. Et la rentabilité des entreprises pourrait quant à elle accroître de 38 % en moyenne d’ici 2035[3].

 

États généraux

Partout en France, des initiatives voient le jour pour accompagner cette révolution. Entrepreneurs, syndicats, représentants du patronat, et entreprises se mobilisent afin de co-construire un modèle de développement pérenne pour l’IA. En s‘appuyant sur un réseau de jeunes pousses, des mouvements d’entrepreneurs comme La France en croissance entendent bien contribuer à cette mobilisation et porter des idées ambitieuses. C’est ainsi que le prochain Président du Medef sera notamment sollicité pour s’impliquer personnellement et ouvrir son mandat par l’organisation d’États généraux de l’intelligence artificielle. Ils auront pour objectif de sonner le rassemblement des entreprises sur ce sujet, d’en faire une responsabilité collective et de convaincre les pouvoirs publics et les corps intermédiaires de passer à la vitesse supérieure.
Une vision à la fois audacieuse et réfléchie sur l’IA doit être portée car les transformations économiques et sociales profondes qu’elle introduit doivent s’accompagner de mécanismes de régulations qui permettent de défendre notre souveraineté nationale et européenne tout en offrant un cadre d’opportunités à nos entreprises. La France et les entreprises françaises peuvent encore prendre le leadership dans de nombreux domaines (notamment la santé, l’écologie ou encore la Défense). Le succès des start-up françaises au récent salon Vivatech est certes encourageant. Mais les défis sont nombreux et nous devrons notamment :

  • accompagner la transformation inéluctable de nombreux emplois et préparer aux métiers de demain ;
  • lutter contre les déséquilibres territoriaux grâce aux progrès de l’IA ;
  • nous engager dans une politique d’ouverture réfléchie des données publiques et privées de qualité et exploitables ;
  • faire naître des acteurs économiques suffisamment solides, capables de structurer l’écosystème national et européen (en ce sens, l’indice Next 40 des start-up annoncé par le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi est une première pierre utile) ;
  • devenir prescripteurs dans la production de normes internationales éthiques et juridiques tant nos valeurs sont porteuses de sens face à ces défis.

Sur toutes ces questions et bien d’autres, aux côtés de la communauté scientifique et des pouvoirs publics, les entreprises françaises doivent pouvoir bénéficier d’un écosystème propice à développer des technologies d’IA à l’avant-garde, en particulier pour le bien commun. Des freins doivent sans plus attendre être levés (manque d’infrastructure dédiée, complexité des politiques publiques et de régulation, système éducatif à réinventer, formations professionnelles insuffisantes, etc.). C’est de la mise en place de cet environnement que nous parviendrons à faire du vieux continent un terreau fertile et équilibré au développement d’une intelligence artificielle utile à la société.

[1] Chiffres issus du rapport Teradata pour Vanson Bourne. « State of Artificial Intelligence for Enterprises », sondage de juillet 2017

[2] Etude « Sizing the prize » du cabinet de conseil et d’audit PwC, juillet 2017.

[3] Etude « « How AIBoosts Industry Profits and Innovation » du cabinet Accenture, juillet 2017.

La Rédaction


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