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Réenchanter l’entreprise : le télétravail n’est pas suffisant

, par La Rédaction

Plutôt que tout miser sur le télétravail, ne vaudrait-il pas mieux réenchanter l’entreprise ? La bataille de la qualité de vie au travail doit se gagner au sein de l’entreprise. Pas en dehors d’elle. Par Sylvain Bianchini, président et fondateur de WiiSmile

 

60 % des Français aimeraient travailler un jour de moins par semaine, afin d’avoir un équilibre meilleur entre leur vie professionnelle et personnelle. C’est ce qu’a révélé un sondage (1), au printemps 2019. Ainsi, la semaine de 4 jours commence-t-elle à être mise en place, en France, sur le modèle de pays comme la Nouvelle-Zélande, dans certaines entreprises. Par exemple, Love Radius ou Yprema.

Dans le même temps, le télétravail a de plus en plus la cote. Les 300 patrons de PME que nous avons récemment sondés dans le cadre de nos activités, sont pour, à 63 %. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils le proposent à leurs collaborateurs, hors période exceptionnelle, comme celle que nous connaissons actuellement, sur le plan social. Mais il a de plus en plus de défenseurs.

Cela peut se comprendre. Le télétravail est en effet une solution concrète permettant de faire face à des difficultés spécifiques et un moyen évident de réduire l’empreinte carbone d’une entreprise. Par contre, rien ne permet d’affirmer qu’il ait un impact durable sur le bien-être au travail.

De même, les solutions proposées par les dirigeants pour conjuguer vie privée et vie pro, telles que des horaires flexibles, la réduction du temps de travail ou l’attribution de jours de congés supplémentaires, sont-elles vraiment la clé pour se sentir bien dans son entreprise ? N’est-il pas paradoxal de devoir réduire le temps passé sur son lieu de travail pour améliorer la qualité de vie au travail ?

D’où la question que je pose : plutôt que travailler loin, ou moins, ne vaudrait-il pas mieux réenchanter l’entreprise pour réinventer notre rapport au travail ? La bataille de la qualité de vie au travail doit se gagner au sein de l’entreprise. Pas en dehors d’elle. Avec une seule ligne de conduite : réenchanter l’entreprise et réaffirmer son rôle social, en s’appuyant sur ce qu’elle est, intrinsèquement, une énergie commune, une intelligence collective. Un endroit où l’on se rencontre, on échange, on fait ensemble et on donne collectivement du sens à la notion de travail, pour s’épanouir.

 

Les nouvelles façons de travailler, contre l’esprit d’équipe ?

Fondamentalement liées aux nouvelles technologies et à l’esprit start-up, promu entre autres par la French Tech, les nouvelles formes d’organisation du travail qui sont dans l’air du temps ne sont pas synonymes d’un meilleur équilibre vie pro/vie perso et de bonheur au travail. La flexibilité et la mobilité prônées par des start-up adeptes du “quand je veux, où je veux” ne semblent pas leur permettre d’échapper au burn-out, au bore-out, ni même au brown-out.

Ainsi, ces nouveaux modèles qu’on nous présente comme étant ceux de demain, tout comme le télétravail, les horaires flexibles, la réduction du temps de travail, participent-ils peut-être à vider l’entreprise de son sens et de ses valeurs, esprit d’équipe en tête. Ils nous font oublier ce qu’est vraiment une entreprise : un collectif source de richesse qui doit atteindre ses objectifs et, dans lequel, mobiliser ses collaborateurs pour réussir collectivement peut donner un sens, une motivation, de la fierté et de la satisfaction.

La question de la cohésion d’équipe est cruciale. Elle se pose, concernant la semaine de 4 jours, comme le télétravail. Complexe à instaurer, lorsque l’on pense notamment aux exigences de clients évoluant dans une société où le service 7 jours/7 gagne du terrain, elle nécessiterait un roulement des équipes qui n’auraient finalement que peu l’occasion de travailler ensemble. Concernant le télétravail, comment permettre à ses collaborateurs de partager la culture et les valeurs de l’entreprise, s’ils passent de moins en moins de temps en son sein, ensemble ? Travailler moins, sans remettre en cause la course à la productivité et au rendement, ne peut être qu’une cause de stress supplémentaire des salariés. Et comment démontrer la force du collectif lorsque chacun estime mieux travailler, chez lui, seul ?

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Ne risque-t-on pas de renforcer les inégalités ?

Ni la semaine de 4 jours ni le télétravail ne semblent être des voies pour réenchanter l’entreprise et réinventer le rapport au travail. Si l’un comme l’autre sont susceptibles de satisfaire des contraintes ou des aspirations individuelles, ils sont aussi générateurs d’inégalités, entre les organisations et entre les individus.

Avec la semaine de 4 jours, les inégalités entre grandes entreprises et PME risquent de s’accroître : les premières auront les ressources pour la mettre en place, les secondes ne pourront que s’accrocher pour face aux difficultés engendrées.

Avec le télétravail, ce sont les inégalités entre les entreprises du secteur secondaire et de services et entre les métiers qui vont se renforcer. Présenté comme la solution à tous les maux, épanouissement et pollution en tête, il crée des inégalités à plusieurs échelles, notamment entre les métiers. Pour télétravailler, il faut pouvoir exercer son métier à domicile, et donc, par conséquent, ne pas être bloqué derrière une machine, dans un atelier de fabrication. Que faire avec les différences de traitement ? Et parmi les employés dont le métier permet le télétravail, comment évaluer leur aptitude à s’automotiver ? Tous les salariés sont-ils faits pour le télétravail ?

Comment lui donner un sens, au sein du collectif, dans un monde où il semble que l’entreprise doive rester ce qu’elle est : un lieu de rencontres et d’échanges. Preuve s’il en est de l’importance de cette fonction : les nombreux freelances revenant au régime salarié, pour renouer avec un lien social, et le développement des lieux de coworking qui permettent à leurs usagers de rompre avec une forme de solitude professionnelle. Laquelle génère de la souffrance.

 

La QVT, c’est aussi et surtout du temps collectif

La qualité de vie au travail est une notion 100 % humaine. Les pauses, les activités collectives, les réunions de créativité, les déjeuners entre collègues, les missions transverses sans indicateurs de mesure en font partie intégrante. Au-delà des moments d’échanges nécessaires au développement de l’entreprise comme au bien-être des collaborateurs, les plages de repos, de détente et de réflexion communes sont essentielles à l’épanouissement des salariés. Elles contribuent aussi au fait que l’entreprise ait un sens, une mission donnant à chacun le loisir de se sentir utile et intelligent, de récupérer en capacité de concentration et cognitive et de prendre le temps… d’améliorer collectivement la qualité de vie au sein de son entreprise.

Pour améliorer la qualité de vie au travail, l’entreprise doit être réenchantée. C’est en son sein que les solutions pour redonner envie aux salariés d’y passer du temps sont à trouver. Il peut s’agir, par exemple, de recréer du lien et des espaces collectifs, tout comme se nourrir socialement et intellectuellement les équipes. Ceci en s’appuyant sur des projets transverses ou des réunions de créativité, déconnectées de toute productivité. Ou sur les solutions proposées aux collaborateurs pour que la qualité de leur temps libre soit portée à son maximum.

Parce qu’il ne faut pas oublier : l’entreprise doit jouer un rôle dans le bien-être de ses collaborateurs et de leurs familles. En mettant à leur disposition des avantages sociaux et culturels qui facilitent leur accès aux loisirs, aux sorties culturelles, aux vacances, au soutien scolaire, elle permet un meilleur équilibre de vie. Celui-ci se ressent sur la qualité de vie au travail. Sans pour autant aller à l’encontre de l’entreprise…

 

(1) Sondage réalisé par ADP, éditeur de paie, en mai 2019.

 

L’auteur

Sylvain Bianchini est le président et le fondateur de WiiSmile (ex-Novalto), une société française qui propose des services de comité d’entreprise externalisés, mais aussi des chèques vacances et des chèques cadeaux.

 

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La Rédaction


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Vos réactions (1)

  1. idest, le

    ré enchanter l’entreprise ?
    Dans les entreprises où les difficultés sont présentes, les opérateurs ne seulement pas être enchantés au travail ! mais simplement pouvoir bien travailler ! (cf. Evrest)
    Non, l’employeur n’est pas là pour me donner le sourire : parle -t-on de cette écran de fumée qu’est le « chief happyness offcier (1- l’intitulé anglais pour faire djeune ou pour faire moderne; et surtout 2-quid du salarié qui une fois tout cela mis en place aura malgré des difficultés ?).

    « sur les solutions proposées aux collaborateurs pour que la qualité de leur temps libre soit portée à son maximum. » : ne serait-il pas préférable d’abord que l’employeur réfléchisse déjà aux manutentions auxquelles sont exposés ses salariés ? aux plannings incohérents (qui font que des opérateurs travaillent en 12h ou en anti horaires ?)
    Que l’employeur propose des actions impactant sur la temps privé sera un plus une fois que le B.A.ba sera fait.
    Ces sujets sont très bien discutés par les ergonomes, les infirmiers et médecins du travail.

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