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Stephen King au travail : Quand l’effort devient plaisir

, par Innocentia Agbe

Du travail, du travail, du travail, mais qui devient un plaisir quand vous vous adonnez à ce pour quoi vous êtes doué. Cependant, le talent demande de la rigueur pour se révéler, si on en croit la méthode de travail de Stephen King

 

Interroger des spécialistes, décortiquer les interviews, sonder les proches, Stephen King a épargné ce labeur à tous ceux qui aimeraient s’inspirer de sa manière de travailler. Dans son ouvrage Écriture, mémoires d’un métier, il révèle notamment ses méthodes de travail. Rien de mieux pour se mettre dans sa peau.

“S’il est impossible de faire d’un mauvais écrivain un écrivain compétent, tout comme il est impossible de faire un grand écrivain d’un écrivain compétent, il est en revanche possible, avec beaucoup d’efforts, de sacrifices et d’aides arrivant à point nommé, de faire un bon écrivain à partir d’un écrivain simplement compétent.”

“Efforts et sacrifices” sont, entre autres, au centre de sa méthode. Même s’il explique que “le talent enlève tout son sens aux notions d’exercice et de répétition”.

“Quand vous trouvez un domaine, quel qu’il soit, dans lequel vous avez du talent, vous vous y livrez jusqu’à ce que vos doigts saignent ou que les yeux vous sortent de la tête.”

 

Adieu TV

Dans le cas de Stephen King, il s’agit de “lire beaucoup et beaucoup écrire”. Entre 70 et 80 livres par an. D’abord parce qu’il aime la lecture et ensuite parce qu’il en retire aussi une forme d’apprentissage. Avoir un projet, c’est donc s’y consacrer pleinement. Il cite l’exemple de son fils, enfant, qui avait demandé un saxophone et des cours pour apprendre à jouer, influencé par le jeu d’un musicien qu’il adorait. Mais Stephen King se rend compte qu’en dehors des heures préconisées par son professeur pour qu’il s’entraîne, le petit ne touche pas à son instrument. C’est finalement soulagé, que son fils acceptera que ses parents mettent fin à ses cours.

“Le contraignant programme de lecture et d’écriture que je préconise, soit quatre à six heures par jour, tous les jours, ne vous semblera pas contraignant si c’est quelque chose que vous avez déjà plaisir à faire et si vous avez des dispositions pour cela.”

Stephen King a toujours un livre avec lui, et il lit partout : dans les salles d’attente, les halls de théâtre avant un spectacle, lorsqu’il fait la queue au supermarché, pendant sa session de running sur tapis roulant, au petit coin… et même en conduisant grâce aux audio-livres. Et adieu la télévision.

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Concrètement, la méthode de travail que décrit Stephen King est très routinière, lui emploie le terme de “rigoureux”. Il écrit quotidiennement. “Y compris le jour de Noël, le 4 juillet et le jour de mon anniversaire”, avoue l’auteur américain. Il s’oblige à rédiger dix pages par jour, ce qui équivaut à deux mille mots, soit cent quatre-vingt mille sur une période de trois mois. Il considère que le premier jet d’un livre, même long, ne devrait pas prendre plus de trois mois, la durée d’une saison. Ainsi, que cela ne lui prenne que quelques heures ou plus dans une journée, peu importe, il ne s’arrête pas tant qu’il n’a pas rédigé son quota de pages.

“Ce n’est que contraint et forcé par les circonstances les plus extrêmes que je m’autorise à m’arrêter avant d’avoir mes deux mille mots.”

 

Portes closes

Aux aspirants écrivains, il conseille, “comme pour un exercice physique”, de ne pas mettre la barre trop haut pour votre objectif quotidien. Stephen King suggère mille mots par jour et, au début en tout cas, la possibilité de s’accorder un jour sans par semaine.

Puis, il y a l’environnement de travail, tout aussi important pour le roi de l’horreur.

“Une chose est indispensable : une porte que vous tiendrez fermée. La porte fermée est le moyen de dire au monde comme à vous-même que vous ne plaisantez pas ; que vous êtes sérieusement décidé à écrire, que vous avez l’intention d’aller jusqu’au bout et de faire tout ce qu’il faudra pour ça.”

Pas de téléphone ou d’autres distractions, le rideau doit être tiré. Le tout accompagné d’un peu de musique dans son cas. “Des trucs de hard-rock comme AC/DC, Guns’n Roses, et Metallica”. Un autre moyen pour lui “de fermer la porte”.

“Votre emploi du temps- vous y entrez à la même heure tous les jours [dans votre bureau, ndlr], vous le quittez lorsque vos mille mots sont consignés sur le papier ou le disque dur – n’a de sens que pour vous donner une habitude, celle de vous mettre en condition pour rêver, exactement comme vous vous mettez en condition pour dormir.”

Et n’imaginez pas qu’il faut un bureau quatre étoiles pour pouvoir travailler. “J’ai écrit mes deux premiers romans publiés, Carrie et Salem, dans la lingerie d’une caravane double corps, cognant sur la machine à écrire de ma femme (une Olivetti portable) que je tenais en équilibre sur un bureau d’enfant posé sur mes genoux.”

 

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Innocentia Agbe
Journaliste pour Courrier cadres


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