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Prise de décision et éthique : Europe, réveille-toi !

, par La Rédaction

Alors que l’Europe doit désormais se positionner stratégiquement face aux puissances économiques, politiques  et commerciales américaines, chinoises et russes, le positionnement de l’éthique dans la prise de décision pourrait lui permettre de faire la différence parmi d’autres stratégies. Par Emmanuel Toniutti, fondateur de l’International Ethics Consulting Group.

 

Je me souviendrais longtemps de cette rencontre avec les dirigeants politiques européens. C’était en avril 2005 à Strasbourg. L’objectif de notre réunion de travail était de voir comment nous pourrions mettre en place un programme d’entraînement à la prise de décision éthique et responsable pour eux et leurs équipes. Trois heures m’ont suffi pour comprendre deux éléments essentiels. Premièrement, depuis les grands scandales financiers du début des années 2000, l’éthique et la responsabilité devenaient un sujet à la mode, ils devaient absolument s’en saisir, sans y croire vraiment. Deuxièmement, ils n’avaient aucune vision stratégique de l’Europe pour les vingt ans à venir, leur réflexion s’évaluait seulement à très court-terme. Lorsque je suis sorti de cette réunion, j’ai appelé mon meilleur ami et je lui ai dit : “Nous avons tout intérêt à prendre notre destin en main autrement nous allons devenir les esclaves des États-Unis et de la Chine, il n’y a pas d’Europe sur le plan stratégique”. Le temps a repris son cours et, bien-sûr, rien n’a évolué.

 

Un contexte de pression

Lorsque je suis intervenu pour la première fois en Chine à l’université de Fudan deux ans plus tard en 2007, les dirigeants chinois, lors d’un dîner, m’ont interpellé de manière amicale : “Avez-vous bien compris ce que nous allons faire, nous, la Chine ?”, ma réponse négative les fit doucement sourire : “Nous allons vous coloniser, nous allons racheter toutes vos entreprises, c’est notre plan stratégique à cinquante ans”. Je suis rentré en Europe et j’ai fait part de cette information à tous les dirigeants d’entreprises et politiques que je connaissais. La majorité n’y a accordé aucun crédit.

2019, nous y sommes. La présence inédite de Xi Jinping à Davos en janvier 2017 a officialisé ce plan stratégique à la barbe de tous les dirigeants européens présents. Ils n’y ont vu que du feu ! Donald Trump, quant à lui, se rapproche de la Chine pour deux raisons majeures : la Chine détient la majorité de la dette des États-Unis et la guerre de l’intelligence artificielle entre les GAFAM et les BATX fait rage, il s’agit d’une guerre géopolitique, géostratégique, économique et politique sur le plan mondial. Il se rapproche également de la Corée du Nord pour faire pression sur la Chine au moment où il pourrait en avoir besoin. Et il laisse penser à la Russie que s’il faut déclencher une nouvelle « guerre froide », cela ne lui fait pas peur. Trump n’agit pas en politique mais en homme d’affaires. Et nous pouvons crier haut et fort que son tempérament de feu est incompatible avec sa fonction, il sait que face à Xi Jinping, Kim Jong-Un et Vladimir Poutine il doit absolument leur démontrer qu’il ne les craint pas et qu’il est prêt à rentrer dans un rapport de force si besoin. Il pourrait cependant se leurrer, à termes, de sa relation avec Kim Jong-Un qui est allé immédiatement rencontré Xi Jinping après avoir tenu son entrevue avec lui. On ne désolidarise pas les adeptes communs du Tao et du jeu de Go en un tour de main ! Quant à Poutine, il se rapproche inlassablement des chinois.

Dans ce contexte, la position de l’Europe est molle car il n’y a pas d’Europe. Elle n’existe que sur le papier et dans les rêves fantasmagoriques des élites qui ont depuis très longtemps perdu pied avec la réalité de leurs citoyens. La monnaie de l’Euro laisse délicatement croire que l’Europe a une vision claire de l’avenir, ce qui n’est absolument pas le cas car nous n’avons aucun leader visionnaire à la barre.

 

L’humanisme en première ligne

Il ne nous reste donc qu’à prendre notre destin en main. Au-delà de quelques grandes et petites et moyennes entreprises européennes qui ont quelques visionnaires à leurs têtes, ce qui nous sauvera selon moi, ce sont deux positionnements d’entrepreneurship :

  • l’un consistera en des partenariats entre ces grandes entreprises européennes visionnaires qui pourront ainsi décupler leurs compétences et faire face aux GAFAM et BATX en bâtissant un avantage compétitif par leur culture, leur avancée technologique et leur qualité de service,
  • l’autre sera de créer des petites structures dont le domaine d’activité relèvera du haut de marché avec un savoir-faire non copiable et des partenariats de hautes compétences avec d’autres petites structures.

Nous ne pourrons nous battre que si nous sommes différents, en utilisant l’intelligence artificielle comme une force de frappe rapide d’exécution et en remettant au cœur de nos organisations nos valeurs humanistes européennes. Dans un monde déshumanisé, le positionnement stratégique différenciant c’est l’humanisme. Non pas celui qui est béat et qui croit tout ce qu’on lui raconte mais celui qui fait de sa culture un avantage compétitif, à travers un modèle de leadership fort et structurant. Dans un monde où tous les moyens sont bons pour réussir, le positionnement différenciant c’est l’éthique. Accompagnant depuis 17 ans des entrepreneurs, des conseils d’administration et des comités exécutifs dans le monde entier sur ces sujets, j’en suis le témoin avisé et heureux permanent.

 

 

 

 

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