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« La honte peut se transformer en créativité »

, par Julie Falcoz

D’après une étude* de NEOMA Business School et de l’Université de Cambridge, les salariés sont plus créatifs après avoir vécu un moment de honte devant d’autres collaborateurs. Interview de Helena Gonzalez, assistant professeur NEOMA Business School et coauteure de la recherche.

Comment en êtes-vous arrivés à ce résultat ?
Nous connaissions des études stipulant qu’il est normal de ressentir des sentiments négatifs pendant une journée de travail. Notre idée était de savoir comment transformer ce négatif en positif. D’abord, nous avons étudié des employés, en Colombie, qui avaient une activité créative pendant la journée. Pendant une semaine, le matin, nous leur demandions comment ils se sentaient et s’ils avaient eu des bonnes idées pendant leur journée de travail. Puis, nous avons demandé à leurs managers d’évaluer leur créativité. Il s’avère que ceux qui avaient ressenti de la honte, souvent née d’une comparaison sociale, étaient plus créatifs. Nous avons fait le même constat dans un centre de soin de santé, toujours en Colombie, en demandant la même chose à des infirmières. Enfin, nous avons sondé des étudiants en école de commerce en France. Dans un exercice de mise en situation, ils travaillaient dans une agence de pub et devaient présenter des idées de slogans à l’un des plus gros clients. Le scénario n’était pas le même pour tout le groupe. Pour une partie, la présentation ne s’est pas bien passée, certains collaborateurs accusant leurs collègues de ne pas avoir bien préparé cette demande. Pour les autres, la présentation s’est bien passée. Ensuite, il a été demandé à tous de faire une deuxième présentation, avec le choix de proposer de nouveaux slogans. Les élèves du premier groupe ont alors été beaucoup créatifs que les autres.

Comment passe-t-on de la honte à la créativité ? Quel est le processus ?
Dans un moment de honte, c’est notre propre image qui est attaquée. Souvent, deux réactions sont possibles, soit on fait l’autruche en niant ce qu’il s’est passé, soit on essaye de prouver aux autres que l’on est capable de bien faire. On souhaite aussi le retour d’une image positive de soi, surtout devant les autres. On sait aussi qu’au moment d’un sentiment positif, le cerveau envoie de la dopamine dans le corps, ce qui engendre plus de flexibilité cognitive, facilitant la créativité. Mais, quand on ressent des sentiments négatifs, on a tendance à entrer en action pour se sentir bien, comme si on voulait rattraper ce qu’il vient de se passer. On est plus persévérant, plus disposé à consacrer du temps à faire en sorte de revenir à la “normale”. Avec la honte en particulier, on pense que les autres ont une image négative de nous, qu’on ne mérite pas de rester au sein du groupe, un genre d’approbation sociale. Il faut alors restaurer sa confiance en soi.

Quelle est la bonne attitude à adopter pour les managers ?
Deux facteurs sont importants pour les managers. D’abord, il faut aider les collaborateurs à faire face à ce genre de situation. Le rôle du manager devient encore plus important dans ces moments-là. Ensuite, la créativité est favorisée dans une ambiance de travail positive. Si un employé donne des idées, même loufoques et que la réaction en face est positive, cela va l’encourager à continuer.

* L’étude Turning shame into creativity : The importance of exposure to creative team environments a été menée sur 600 personnes.

Julie Falcoz
Journaliste


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