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Déconfinement : “L’erreur serait de se tourner tout de suite vers le business”

, par Fabien Soyez

Comment les entreprises peuvent-elles préparer l’après-confinement et agir une fois la reprise d’activité venue ? Repenser ou revoir les méthodes de travail, mais aussi “ménager” les collaborateurs avant de penser à la productivité : le retour au bureau à partir du 11 mai posera de nombreux défis aux dirigeants et aux managers.

Après deux mois passés chez eux, en télétravail ou au chômage partiel, de nombreux salariés s’apprêtent à retourner au bureau, à partir du 11 mai, date à laquelle s’amorcera le déconfinement. Édouard Philippe souhaite certes que le télétravail soit maintenu jusqu’à juin, mais il a aussi indiqué le 28 avril que les entreprises devraient aussi garantir la distanciation physique des collaborateurs, et “sans doute réorganiser le travail”. Quels enjeux pour les managers et les dirigeants ?

 

Sécurité et protection

Le premier défi du post-confinement pour les employeurs sera de garantir la sécurité et la protection des salariés, à travers la mise en place de mesures d’hygiène et une organisation plus flexible. Depuis une dizaine de jours, nombre de dirigeants planchent  sur des protocoles et des procédures spécifiques liés à la reprise du travail ; pour le nettoyage des espaces de travail, le maintien d’une distanciation physique entre les salariés, principalement.

Parmi les mesures destinées à permettre un retour “sécurisé” au bureau : la distribution de masques et de gel hydro-alcoolique, l’installation de cloisons en Plexiglas dans les open-space, la création de “parcours protégés” dans les locaux pour éviter aux salariés de se croiser, mais aussi des rythmes de travail repensés. Il peut ainsi s’agir d’aménager des horaires flexibles, ou encore d’organiser un télétravail en roulement.

 

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“Ménager” les salariés pour les ré-engager

Pour autant, une partie extrêmement importante du temps des dirigeants et des managers devra être consacrée à rassurer les collaborateurs, qui sont nombreux à craindre de tomber malades en se rendant au bureau. (1)

“Au-delà de la santé physique des collaborateurs, ils devront essayer de prendre en compte leurs inquiétudes, leur appréhension, et aussi parfois leur fragilité. Il faudra sans doute leur donner la possibilité de rester maîtres de leurs choix : si certains veulent maintenir pendant quelques semaines l’organisation du confinement, le télétravail en somme, il faudra l’accepter. Du moins si le travail à distance est possible et s’il n’a pas posé problème durant le confinement”, conseille Julien Barrois, managing director chez PagePersonnel.

Faire preuve de psychologie sera donc primordial pour remobiliser des équipes parfois perdues. “On ne peut pas imaginer que tous reviendront comme ils sont partis le 16 mars. Certains auront ressenti une grande anxiété. Des perturbations psychologiques importantes seront à prévoir, et les managers devront, dès le 11 mai, pratiquer une écoute bienveillante pour se reconnecter à chaque collaborateur et leur permettre de se remettre dans le bain sans pression”, estime Jacques-François Fournols, “executive coach” auprès des cadres et dirigeants.

Aux managers, mais aussi aux dirigeants eux-mêmes, d’écouter, individuellement, chaque salarié, lors de réunions en tête à tête. “Ils devront les laisser exprimer leur vécu et leurs craintes. L’objectif sera de faire preuve d’écoute afin de permettre, au cas par cas, une réassurance de chacun des collaborateurs ; mais aussi de s’assurer que l’on pourra compter sur eux, à partir du moment où l’on accepte que leur production sera moins grande qu’avant”, note Jacques-François Fournols.

 

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Une nouvelle organisation du travail

Selon une étude Ifop pour Michael Page réalisée en février 2020, seuls 34 % des actifs déclaraient à l’époque avoir déjà expérimenté le télétravail. “Alors que l’ANDRH estime que 95 % des organisations ont aujourd’hui recours au télétravail à cause du confinement, la transformation des méthodes de travail sera un enjeu crucial ces prochaines années”, indique Julien Barrois.

Néanmoins, l’accélération du télétravail représente un coût pour les entreprises, alors que les experts estiment que la sortie de crise entraînera leur fragilisation économique. “Combien de temps cette flexibilité sera-t-elle accordée aux salariés ? Beaucoup d’entreprises vont en réalité naviguer à vue, entre leur objectif économique et la bienveillance”, observe Julien Barrois.

Selon le directeur exécutif, “comme l’a montré la période du confinement, 100 % de l’organisation du travail ne peut être réalisée à distance : le télétravail permet des choses merveilleuses, mais favorise aussi un sentiment d’isolement, ainsi que des tensions entre collaborateurs par écrans interposés. Mais il va clairement falloir trouver un équilibre, ajuster, changer certains protocoles, avec l’idée qu’à partir du 11 mai, quoi qu’il arrive, vous ne travaillerez plus jamais de la même manière”.

“Lors du confinement, des certitudes et des acquis ont volé en éclat, et chacun a pu s’interroger sur ses envies et ses besoins, notamment sur le plan professionnel. De cette crise inattendue, les entreprises doivent tirer des enseignements, revoir leurs priorités et le sens de leurs actions. Ce qui impliquera une profonde réorganisation du travail”, constate de son côté Jacques-François Fournols. Selon le consultant, le télétravail pourrait être un outil aux mains des dirigeants pour “gagner en performance”. Ainsi, note-t-il, “plusieurs pistes d’amélioration se profilent : la diminution du nombre de réunions, la redéfinition des rôles de chacun en accordant aux collaborateurs plus de confiance et de responsabilités, et la simplification des échanges avec notamment un allègement des reportings”. Le rôle du manager dans cette optique sera ainsi de déléguer et de simplifier.

 

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L’humain, “clé de voûte du retour aux affaires”

Chefs d’entreprises et managers pourront ensuite se concentrer sur la reprise d’activité de leurs équipes, autrement dit sur la production et l’expérience client. “Mais attention ! L’erreur à ne pas commettre serait de reprendre le travail avec ses équipes et de se tourner tout de suite, le 11 mai, vers le développement du business et les clients. Il faudra à minima consacrer une semaine entière à s’occuper de l’essentiel, à savoir les hommes et les femmes qui constituent l’entreprise : les collaborateurs”, prévient Jacques-François Fournols.

Pour l’executive coach, la bienveillance et la confiance seront “la clé de voûte du retour aux affaires.” Mais en aucun cas, d’un retour “à la normale”. Ainsi, explique-t-il, “aujourd’hui, la majorité des Français est usée physiquement et nerveusement. Cet état d’anxiété et de repli marquera chacun d’entre nous pour de longs mois. Nous sortirons changés, notre rapport à l’autre également. Pour survivre et se développer dans le monde à venir, les entreprises n’ont pas le choix : elles devront évoluer pour se transformer en un espace où règnent la sérénité et la bienveillance.” Par l’écoute, l’accompagnement et la “valorisation de l’humain”.

 

(1) D’après une enquête Odoxa, 71 % des actifs  ont peur d’attraper le Covid-19 en se rendant au travail.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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