Entreprise télétravail

Le télétravail intensif isole les cadres

, par Fabien Soyez

Alors que les salariés l’appellent de leurs vœux, le télétravail ne rend pas forcément plus heureux. Selon la Dares, ceux qui le pratiquent régulièrement, en majorité des cadres, se sentent ainsi isolés, travaillent plus que les autres, et ont deux fois plus de chance de tomber en dépression.

 

“Le télétravail bénéficie d’une bonne image auprès des salariés, car il permet de réduire les temps de trajets et la fatigue associée. Mais les télétravailleurs intensifs (2 jours ou plus par semaine) travaillent plus que les autres ; en moyenne 35 minutes de plus par semaine, le soir ou le samedi. Le risque, pour eux, est une désynchronisation des horaires par rapport au reste de l’équipe”constate Amélie Mauroux, adjointe au chef du département “Conditions de travail et santé” à la Dares, qui vient de publier une étude sur le travail à distance des cadres.

 

Isolement et insécurité économique

Selon le rapport de l’institut statistique du ministère du Travail, les cadres (souvent dans l’informatique ou la télécommunication) représentent 60 % des télétravailleurs réguliers. Parmi eux, 11 % ont fait du télétravail au moins une fois par semaine en 2017, contre 3 % de l’ensemble des salariés. Ils sont “plus fréquemment” basés en île-de-France, ou dans des aires urbaines denses, où les temps de trajet domicile-travail sont longs.

À satisfaction égale avec leurs collègues, outre le fait de travailler plus, parfois jusqu’à 50 heures par semaine, ils font aussi état d’un sentiment d’isolement.

“Ils déclarent manquer plus souvent d’aide de la part de leurs supérieurs hiérarchiques ou de leurs collègues, ainsi que d’informations claires et précises”, explique Amélie Mauroux.

Enfin, les cadres “évoluent dans un environnement professionnel plus instable, ce qui peut accroître le sentiment d’insécurité économique”, indique la Dares.

Ainsi, 1 télétravailleur “intensif” sur 5 travaille dans un établissement qui a connu un plan de licenciement au cours des 12 derniers mois.

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Télétravail ne rime pas avec bonne santé

Selon l’étude, les télétravailleurs intensifs “se déclarent aussi en moins bonne santé” et présentent des risques dépressifs 2 fois plus importants que les non‑télétravailleurs.

“Il n’est toutefois pas possible de savoir si cet état de santé dégradé préexistait à la mise en place du télétravail et aurait pu motiver cette pratique ou, à l’inverse, si le télétravail aurait pu jouer un rôle sur l’état de santé de ces travailleurs”, observe la Dares.

“Tout compte fait, les télétravailleurs ne sont ni plus ni moins satisfaits de leur travail que leurs collègues. Ils ne semblent pas bénéficier d’une meilleure conciliation vie professionnelle – vie privée. Au final, les avantages du télétravail semblent contrebalancés par une moins bonne santé et des conditions de travail plus défavorables”, conclut Amélie Mauroux.

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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Vos réactions (10)

  1. Alain J., le

    Je suis free-lance senior en informatique à Bordeaux.
    J’ai découvert le télétravail il y a 1 mois, bien content de trouver une mission à Paris (en télétravail 3 semaines / 4) parce que les missions sont plus rares à Bordeaux.
    Pour ces raisons économiques, moi aussi j’appelais le télétravail de mes voeux. Mais ce n’est pas sans inconvénient. Je bosse plus, souvent le samedi, parce que je ne me vois pas expliquer à mes collègues par téléphone que j’ai du retard pour telle ou telle difficulté. Il faut croire, lorsque les horaires sont libres, que les cadres ont besoin de l’approbation implicite de leurs collègues pour lever le pied le soir ou le vendredi soir. Donc, en accord avec l’étude, je reconnais que je culpabilise de donner à manger à mon chat en pleine journée, et que j’ai sans doute besoin de sentir ma contribution au projet parmi mes collègues. Cette absence de repère est difficile à vivre. C’est comme si à l’école il n’y avait plus de notes.
    Je pense qu’il a une vraie culture à acquérir pour le télétravail, tant du coté entreprise que du coté salarié. En premier lieu il faudrait se détacher du « présentéisme » à la Française, qui sévira sans soute longtemps. Il me parait également évident que le télétravail n’est possible que dans un fort climat de confiance.

  2. José, le

    Etrange comme conclusion. Difficile de se sentir isolé avec le téléphone, la messagerie instantanée et le mail? Et le simple fait de ne pas galérer dans les bouchons ou les transports suffit à remonter le moral au début de la journée. Donc résultats incompréhensibles de cette enquête, en décalage complet avec l’expérience vécue.

  3. Sylvie, le

    Merci pour ces commentaires : le télétravail m’a ‘sauvé’ la vie et pourtant je n’imaginais pas une journée hors du bureau !
    Moins de transport, moins de bruit, plus de concentration et le bonheur de retrouver mes collègues le lendemain !
    Cet article est biaisé….

  4. Noémie, le

    Article étonnant!
    Je me demande sur quelle population de cadres l’étude a été faite.
    En tout cas les personnes que je connais qui travaillent souvent de chez eux, ne semblent pas être déprimées de ne pas prendre le métro !
    En ce qui me concerne, je préfère déprimer chez moi plutôt que de déprimer au bureau.

  5. Charles, le

    Bonjour
    Je suis assez aligné sur le commentaire de Stéphane. Mais il ne faut pas mélanger les choux et carottes ! Le télétravail INTENSIF n’est pas forcément le télétravail en Général qui se caractérise par un jour par semaine voir moins. Le vrai titre de l’article devrait être :
    Le télétravail INTENSIF isole les cadres.
    Merci d’éviter les titres à charge qui pousse à la confusion et finalement ne veulent plus rien dire. Pour moi l’article n’a plus aucun sens. En tout cas après lecture je le trouve vide ! Voir pire, le titre fait le raccourci béni des opposants au télétravail (souvent des managers et dirigeant de la vielle école !) Il serait de bon ton que l’auteur apporte une vraie analyse de ce cas particulier de télétravail et ne jette pas le discrédit sur le télétravail en général en faisant un vrai distinguo. Car c’est une vraie avancée que le télétravail. Et les entreprises en avance sur ce sujet sont des entreprises qui ont su évoluer avec le temps. Restera toujours des dinosaures, comme des incompétents qui expliquent qu’il faut que les personnes soient présentent sur site pour favoriser la commination alors qu’eux même sont soit toute la journée en réunion ou soit pire en déplacement. Il a confusion chez certains des trois notions : Présentéisme / Efficacité au travail / Disponibilité & Communication. Ce n’est pas parce qu’on est présent toute une longue journée sur site que l’on est plus efficace et aussi disponible pour les échanges.
    Le blues du télétravailleur INTENSIF s’apparente plus à un isolement personnel. Valable également pour une personne sur son lieu de travail qui vit mal son boulot ! Auquel cas ce ne serait pas le télétravail qui serait la cause. L’article apporte heureusement cette petite nuance.
    Bref il y a matière à mieux fouiller et documenter le sujet. Mais par pitié arrêtez cette presse superficielle et les raccourcis d’accroche !

    1. Fabien Soyez, le

      Bonjour, suite à vos commentaires, j’ai choisi de modifier le titre en ajoutant « intensif », pour éviter toute ambiguité :) Mais l’étude concerne toutefois les cadres, qui sont nombreux à pratiquer le télétravail de façon intensive, justement. Comme vous le dites très justement, il y a matière à creuser, et c’est probablement ce que nous allons faire dans les semaines / mois qui viennent en sondant les cadres sur ce sujet :) Merci à vous pour vos commentaires.

  6. Nathalie Dupin, le

    Il manque le mot « intensif » après le mot « télétravail » dans le titre de l’article, pour être cohérent avec votre article et les chiffres de l’étude. Sinon, cela induit en erreur ceux qui lisent vite…

  7. Karima, le

    Totalement d’accord avec vous Stéphane.
    Vous avez su dire en quelques phrases ce que je pense et surtout la vérité

  8. Stéphane, le

    Article totalement à charge, aucunement critique (au sens premier du terme) et pauvrement documenté.

    On pourrait presque avoir des doutes sur l’origine des prescripteurs…

    En France, il existe encore un frein psychologique énorme quant au télé-travail (souvent chez les mêmes dinosaures qui critiquent les « réfractaires au changement » pour imposer des restructurations douloureuses). Mais c’est une réalité inéluctable qui va s’imposer à eux avec les nouvelles générations entrantes sur le marché du travail, et ils vont regretter amèrement de n’avoir pas su l’anticiper.

    Wait and see…

  9. Amal, le

    Bonjour Fabien, merci pour ce bel article, pour aller plus loin voici un lien vers une chronique sur le sens au travail et pourquoi je fais ce que je fais
    https://www.bloomingyou.fr/pourquoi-je-vais-travailler/
    À votre disposition pour échanger dessus plus longuement.
    Cldt

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