Entreprise presence

Le présentéisme à tout prix ?

, par Nicolas Monier

Les derniers chiffres de l’étude Poly montrent que les salariés français ont encore le culte de la présence au travail. Non pas tant par goût mais par peur du qu’en-dira-t-on ? Le télétravail apprécié reste encore l’objet de tous les soupçons ! Nous avons interrogé le sociologue Denis Monneuse pour savoir ce qu’il pensait de ces derniers chiffres.

 

Une récente étude de la société Poly révèle que 28 % des salariés français interrogés indiquent être gênés à l’idée d’être les derniers arrivés au bureau. De même, ils sont 30 % à estimer qu’il est mal vu de partir du travail avant 18 h. En revanche, ils sont près de 68 % à apprécier le télétravail.

Mais là aussi, le poids des idées reçues est patent, 62 % d’entre eux craignent le regard de leurs collègues. Ces derniers ayant peur d’être jugés s’ils prennent un jour de télétravail.

Sans surprise, l’open-space reste un espace peu apprécié par les salariés français. Ainsi, 76 % des personnes sondées déclarent être dérangées par un collègue parlant fort au téléphone et 65 % le sont par des collègues discutant près d’eux. Nous avons demandé au sociologue Denis Monneuse ce qu’il pensait de ces tendances.

 

Les salariés sont encore gênés à l’idée d’arriver les derniers au bureau, ou de partir en premier. Comment inverser ces tendances ?

Le présentéisme compétitif ou stratégique consiste en effet à arriver tôt le matin ou à rester tard le soir pour montrer à sa hiérarchie et à ses collègues son engagement au travail. Le meilleur moyen de lutter contre ce phénomène est de prendre conscience que le temps de travail est un faible indicateur de la performance. Une entreprise peut découpler le temps de travail et la rétribution. Par exemple, en proposant des rémunérations au mérite sur des critères de performance, de qualité, de partage de connaissances, etc.

Si l’entreprise est capable de mesurer finement la qualité du travail de ses salariés, elle pourra alors arrêter de se fier à leur seul temps de travail, c’est-à-dire aux apparences. L’exemplarité des managers est aussi importante. Si ces derniers s’autorisent à ne pas faire des amplitudes horaires trop importantes, cela envoie un signal à leurs équipes. Elles peuvent faire de même !

 

Pourquoi, selon vous, le télétravail est-il encore si peu démocratisé ?

Cela fait des années qu’on dit qu’il faudrait développer le télétravail ! Il y a traditionnellement deux freins. Un frein technique et un frein culturel. Aujourd’hui, un conducteur de train ne peut évidemment pas faire du télétravail. En revanche, le télétravail est devenu possible pour un grand nombre de métiers.

Le frein technique est de moins en moins fort. Reste le frein culturel. Les managers ont encore du mal à accepter de ne pas avoir tous les membres de leur équipe sous la main ou bien sous leurs yeux. Mais quand ces derniers se mettent eux-mêmes à pratiquer le télétravail, ils peuvent changer d’avis et voir les effets positifs de cette pratique. De même, si les salariés ont une rémunération à la performance, les télétravailleurs resteront productifs.

 

L’open-space, ce lieu de toutes les nuisances ?

L’open-space ne veut pas dire grand-chose dans la mesure où ces espaces peuvent être extrêmement différents en matière de taille, de nombre de salariés, de cloisonnements, de disposition, etc. L’open-space a mauvaise réputation aujourd’hui car c’est avant tout une façon de réduire la taille des locaux en faisant travailler dans un espace un grand nombre de personnes.

Mais il est possible de faire des open-space de qualité en travaillant avec des experts de l’aménagement de bureaux et avec les salariés eux-mêmes pour que leur voix soit enfin prise en compte.

 

Nicolas Monier

Nicolas Monier


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