Économie cc98-edito

Poil dans la main

, par Aline Gérard

“Qu’il est donc doux, de rester sans rien faire.” À moins qu’ils ne pensent tout simplement à rien, c’est sans doute ce que se disent les salariés au moment où ils ferment leurs paupières pour se livrer à une courte sieste. Ainsi, dans leur bulle pour quelques minutes, ils peuvent faire retomber la pression après un échange houleux avec un client ou un pic de stress.

Contrairement à l’imagerie populaire, la sieste n’est pas réservée aux dilettantes qui considèrent qu’il fait trop chaud (ou trop froid !) pour travailler. Si la recherche de performance est peu mise en avant par les entreprises qui l’adoptent, la zen attitude favorise non seulement le bien-être des équipes et donc leur fidélisation, mais aussi la prise de recul nécessaire à un travail efficace. La sieste n’est donc pas l’apanage des feignants. Un changement de regard s’impose encore en France.

 

“La sieste n’est pas l’apanage des feignants.”

 

Un poil dans la main, les “héritiers” que nous avons interrogés dans notre enquête n’en ont pas non plus. D’ailleurs, ce terme les met pour la plupart mal à l’aise, puisque pour eux, il rime dans l’opinion avec “rentiers”. Et on ne peut entièrement leur donner tort. Les Français cultivent ce paradoxe : ils critiquent volontiers le principe même des dynasties tout en appréciant leur aspect humain et stable, rassurant dans un paysage mondialisé impalpable et incertain.

À une époque où de nombreux cadres restent de l’autre côté du seuil, faisant des pieds et des mains pour forcer la porte des entreprises parfois sans succès, il peut être difficile d’accepter que d’autres (aussi brillants soient-ils) soient nés avec une clé en argent dans la main. Et c’est bien là tout l’enjeu de nos organisations si souvent sclérosées.

En attendant que la France sache donner une chance à tous les talents, soulignons, au-delà des préjugés, qu’autant que d’un nom et d’une société, ce sont toutefois, pour beaucoup, d’une culture du travail et d’un amour de l’entreprise familiale que ces “fils et filles de” héritent !

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Aline Gérard
Rédactrice en chef de Courrier cadres


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