Carrière brunei

Brunei : l’attrait de l’or noir

, par Innocentia Agbe

Le sultanat de Brunei est plein de paradoxes. Riche pays d’Asie grâce à son pétrole, il procure une vie de calme et de détente aux expatriés. Mais il faut accepter de vivre dans un territoire qui a instauré la charia et où la notion de liberté est très limitée.*

Les voies de Brunei sont difficilement pénétrables. Le sultanat, petit par la superficie, mais grand par son pétrole, ne compte que 400 000 habitants et en 2010, seulement 182  Français étaient enregistrés à l’ambassade comme vivant sur le territoire. Des opportunités existent pour des profils très précis. Mais on ne peut pas occulter les particularités de ce pays où la charia, la loi islamique, est entrée en vigueur en 2014. Ainsi, par exemple, les relations homosexuelles sont considérées comme un crime et la consommation d’alcool est interdite. Une certaine souplesse existe pour les expatriés. Mais attention, cela ne concerne que les étrangers non musulmans. Ces derniers ont le droit d’importer un certain quota d’alcool et de le consommer en privé. Jean-Philippe Béraud est directeur adjoint de l’Institut de soudure Indonesia (spécialisé dans la formation). Il connaît bien le pays où une filiale de l’entreprise a été installée. Selon lui, il ne faut pas être alarmiste. “Du moment où vous ne faites pas de choses répréhensibles comme voler et que vous ne consommez de l’alcool que chez vous, il n’y a pas de problème. Les expatriés vivent très bien”, explique-t-il. Pourtant, dans ses recommandations, il conseille aux expatriés de ne pas du tout consommer d’alcool pour se préserver de toute plainte. Car personne ne semble savoir quand et comment l’application de la loi islamique va évoluer et peut-être devenir plus sévère envers les expatriés. En tout cas, la précaution est de mise. Le site du ministère des Affaires étrangères préconise par exemple “une grande discrétion concernant les gestes d’affection en public”. Pour les vêtements, les habits occidentaux sont acceptés. Mais encore une fois, c’est à l’expatrié d’être prudent. “Il n’y a pas de règles mais il faut respecter la coutume locale, c’est-à-dire que tout le monde doit s’habiller décemment”, témoigne un Français installé au Brunei mais qui préfère rester anonyme. Si ce dernier maintient être libre et se sentir bien dans le pays, il explique tout de même craindre que ses propos soient mal interprétés, ce qui pourrait compromettre sa place.

Quid du conjoint d’expatrié ?
En effet, le sultan, Hassanal Bolkiah, règne en maître. Les films et les médias sont censurés selon sa volonté. Une certaine discrétion semble s’imposer au Brunei comme en témoigne Sophie Druesne. Récemment rentrée, elle a commencé à vivre dans le pays en octobre 2011. “Les locaux eux-mêmes n’émettent pas trop de critiques. Personne ne parle du sultan. Nous savons qu’il faut faire attention, surtout en tant qu’expatrié car ce n’est pas la meilleure position. Si une faute grave est commise, par exemple un accident de voiture, la faute sera presque toujours rejetée sur nous.” Cette dernière est partie tenter l’aventure au Brunei quand son mari, ingénieur de maintenance, y a été muté. Une très grande partie de l’économie est liée au pétrole, c’est donc dans ce domaine que se situent les opportunités pour les expatriés. “85 % du PIB provient de l’oil and gas”, explique Jean-Philippe Béraud. Les entreprises du secteur, comme Total et Shell, sont amenées à faire venir des expatriés. “Les sous-traitants recrutent aussi dans les professions de la logistique, de la finance et de l’approvisionnement, ainsi que dans tous les métiers d’expertise liés au marché du pétrole”, développe le directeur adjoint de l’Institut de soudure Indonesia. Les entreprises sont soumises à des quotas pour l’embauche de travailleurs étrangers car le pays souhaite privilégier l’emploi des locaux. Le Brunei met donc l’accent sur la formation de ses habitants afin que les emplois du secteur du pétrole puissent d’abord leur profiter. C’est d’ailleurs cette volonté qui a permis à l’Institut de soudure dont s’occupe Jean-Philippe Béraud de s’installer dans le pays. Sa mission est de former les locaux. Les expatriés s’installent souvent à Brunei pour des missions de quelques années. La difficulté est qu’il est compliqué pour le conjoint de trouver aussi un emploi s’il ne travaille pas dans le secteur du pétrole. C’est dans cette configuration que s’est retrouvée Sophie Druesne. Avant de suivre son mari, elle était chef de zone expert dans un labora­toire pharmaceutique, loin des enjeux du pétrole. Au vu de son expérience et des quotas impo­sés aux entreprises, elle ne parvient pas à trouver d’emploi. Elle finit tout de même par rebondir. “Comme le français est très demandé, j’ai fait une formation de professeur de langue étrangère dans ce domaine.” Son programme se déroule notamment en partenariat avec le Cned (Centre national d’enseignement à distance). “J’ai donné des cours en freelance à des expatriés et des locaux. C’était enrichissant.”

Vie d’expat’
Au niveau géographique, le pays compte principalement deux points d’intérêt pour l’emploi des expatriés. La capitale, Bandar Seri Begawan, où se trouve notamment l’aéroport. Certaines sociétés dont Total y sont installées. Puis Kuala Belait où se déroulent les activités pétrolières, et notamment celles de Shell. Mais concrètement, comment s’organise la vie des expatriés dans le sultanat ? Très paisiblement… selon nos interlocuteurs. Même un peu trop pour Sophie Druesne. “C’est très calme, il n’y a pas de bar et les restaurants ferment tôt. Les habitants sortent peu. Il faut basculer dans une autre vie.” Un changement qui a été radical pour cette expatriée venue de Paris. Ainsi, pour Jean-Philippe Béraud, le pays est idéal “pour s’occuper de sa famille et de ses enfants”. Pour l’interlocuteur qui a souhaité rester anonyme, les avantages de Brunei sont notamment “la multitude d’activités sportives et le temps agréable avec de la chaleur toute l’année”. Sophie Druesne a par exemple pu s’inscrire à un groupe de trail (course à pied en milieu naturel) dans la jungle et parta­ger cette activité avec les locaux, jugés très accessibles, notamment car la plupart maîtrisent l’anglais. Cependant, la vie semble beaucoup s’organiser entre expatriés. À Kuala Belait où elle était située, le pôle d’attraction pour les étrangers était le Club Panaga lié au groupe Shell. Une sorte de country club pour les salariés de l’entreprise, du secteur du pétrole et quelques autres personnes admissibles, où se déroulent des activités sociales et sportives. Pour y entrer, il faut devenir membre, ce qu’a fait Sophie Druesne. “C’est un peu le seul endroit dynamique. À partir du moment où j’y ai accédé, j’ai pu rencontrer beaucoup de personnes. Ma vie a tourné autour de mon activité, de mes sorties sportives et de voyages pour découvrir l’Asie du Sud-Est.”

 

*Article publié dans le numéro de mai de Courrier Cadres.

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Innocentia Agbe
Journaliste pour Courrier cadres


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