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Sandrine Malleville : de recruteuse à institutrice

, par Julie Falcoz

Comment passe-t-on de chasseuse de tête dans un cabinet de recrutement à institutrice de CM2 ? En réussissant le concours bien sûr mais surtout, en partant à la recherche du sens de son travail. Sandrine Malleville raconte sa mutation.

 

La vie professionnelle de Sandrine Malleville se déroule selon des cycles d’une dizaine d’années à chaque fois. Le premier a commencé après un DESS en RH. Alors que le chômage sévit durement au début des années 90, elle trouve un poste dans un cabinet de recrutement spécialisé dans les métiers industriels et l’automobile, après des mois de recherche, car elle voulait un poste en entreprise. Mais une fois que le tampon “cabinet” est apposé sur son CV, difficile d’en sortir : “Ça m’a plu un certain temps, je rencontrais plein de monde. Mais il n’y avait pas d’évolution possible, j’étais prise au piège”, révèle-t-elle.

 

“Quand je la prenais dans mes bras, elle m’était presque étrangère. Il fallait que ça change”.

Aussi, à l’arrivée de sa première fille, ses horaires deviennent contraignants, entre les entretiens qui ont souvent lieu en début de soirée et les réflexions des collaborateurs quand elle partait à 18h. “Je ne la voyais que le week-end. Quand je la prenais dans mes bras, elle m’était presque étrangère. Il fallait que ça change”.

Pour Sandrine Malleville, pas de déclic pour changer de vie mais un concours de circonstances. Les horaires, les réflexions, le manque de perspective et son mari qui obtient une promotion pouvant pallier le manque à gagner. La bonne recette pour prendre le temps de préparer le concours pour devenir institutrice. “Quand j’étais petite, je voulais devenir institutrice mais je ne l’ai pas fait plus tard parce je trouvais que c’était mal payé. Surtout, avec le recul, je ne sais pas pourquoi j’ai fait mes études dans les RH. J’ai suivi mes meilleures amies. Je me souviens du jour des résultats de mon DESS, je me suis demandé ce que j’allais faire. En fait, je voulais rester à l’école”.

À 32 ans, elle passe le concours en candidat libre qu’elle a préparé avec le Cned, sans qu’elle ait eu le temps de le faire correctement. Écrit et oral réussis, elle se retrouve en formation avec des jeunes filles de 22 ans. “Il fallait aussi que je passe le brevet de secourisme et de natation. Je me suis retrouvée à la piscine avec des filles de dix ans de moins que moi. Je ne pouvais pas être plus engagée !”, s’exclame-t-elle. En même temps, elle traverse des périodes de doute, au point de se demander si tout ça valait le coup. Le premier jour de la rentrée, après une très courte nuit, elle a la voix qui tremble, “stressée mais hyper préparée”. “Pendant ma première année de formation, c’était étrange. On me traitait comme une débutante. En fait, il fallait que je fasse mes preuves vis-à-vis de l’administration”, analyse-t-elle. Elle est finalement confirmée, “à ce moment-là, je me suis sentie institutrice, avant je m’observais l’être”.

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Concours et gainage

Physiquement, la différence se fait ressentir. Avant, douleurs dorsales et ventre gonflé étaient une habitude pour Sandrine Malleville. Après des journées debout devant une classe, elle a l’impression d’être gainée, dort mieux et se sent en phase avec elle-même et surtout, peut travailler en jean et baskets. “J’ai aussi appris à m’exprimer en public et à me faire entendre”.

Quand il s’agit d’un travail d’instituteur ou de prof, tout le monde y va de ses stéréotypes. Le premier ? Les horaires. “Je pensais que j’allais avoir plus de temps libre mais en fait, non. À la maison, je bossais tout le temps. C’est comme si je préparais une réunion mais tous les jours”. Et la débrouillardise : “Il faut créer ses propres projets et être créatif. Pouvoir faire plein de choses sans budget”. À côté de ça, elle trouve fantastique la sécurité d’un emploi même s’il est moins bien payé que le précédent. “Mais j’étais en phase avec mes valeurs. Voir des enfants qui réussissent ou qui lisent un livre entier, seuls, pour la première fois est payant, explique-t-elle. On fait un métier utile, ça donne du sens. Quand je me lève le matin, je sais que je vais aider des élèves”.

Aussi, elle voit grandir son second enfant et l’aînée était ravie de ne pas être obligée d’aller au centre aéré ! Aujourd’hui, à 48 ans, après ce second cycle d’une dizaine d’années en tant qu’institutrice, elle entame une année de mise à disposition, “pour prendre du recul et voir les enfants qui grandissent”. À suivre pour le 3e cycle…

 
 

Julie Falcoz
Journaliste


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