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Carrière des cadres : faut-il mettre en avant votre côté made in France ?

, par La Rédaction

Râleurs, les Français ? Oui, mais aussi créatifs, intellos, bons vivants… Les stéréotypes vont bon train à l’étranger, pour les cadres français comme pour les autres. Pour réussir son intégration, il faut en avoir conscience et savoir en jouer. Par Anne-Flore Maman Larraufie, Ph.D.

 

Alors que se termine le salon du Made in France Porte de Versailles, il me semblait intéressant pour les lecteurs d’aborder la question du pays d’origine des produits pour leur propre personne. En effet, si de nos usines et coopératives agricoles, fermes sortaient en 2014 pour 437,3 milliards d’euros1 de produits destinés à l’exportation, il en sortait également un nombre non négligeable de nos écoles de formation supérieure. En effet, en France 43 % des 25-34 ans sont diplômés de l’enseignement supérieur, sortant de nos écoles de commerce, d’ingénieur, de nos facultés, ou des différents Instituts par exemple en sciences politiques.

 

Alors, ces cadres ont-ils intérêt à mettre en avant leur origine Made in France ?

Un premier point nous paraît important à mentionner : la formation à la française attire beaucoup d’étrangers, preuve qu’elle est reconnue et appréciée dans différents pays du monde, et plus particulièrement ceux avec lesquels nous avons entretenu de fortes relations (Maghreb, Vietnam, Europe). Second chiffre important : selon la Conférence des grandes écoles, 16 % de leurs diplômés s’expatrient pour leur premier emploi. Il est vrai néanmoins qu’il y a une surreprésentation d’élèves sortant d’Écoles de commerce et d’ingénieurs ayant dans le cadre de leurs études déjà coché la case ‘international’ sur le CV (accords d’échange, double diplôme, stages, etc.), ou de diplômés d’Université ayant bénéficié du programme Erasmus. Ainsi, l’attractivité du jeune cadre sortant d’une école française semble forte et inscrite dans la durée.

 

Effet de halo

La question reste cependant entière pour un cadre français en contact avec l’étranger. En effet, on met rarement en avant lors d’un premier contact professionnel sa formation académique, encore que cela dépend des cultures (en Italie, un diplômé du secondaire mettra systématiquement son titre de Dr. En évidence, en Allemagne ou aux États-Unis on utilisera de même beaucoup plus son titre de Ph.D. qu’en France etc.). Les trois uniques informations qu’un interlocuteur a d’un cadre français sont en général : son nom, son origine (qu’il suppose française lorsque l’entreprise est basée dans l’Hexagone), et le nom de l’entreprise pour laquelle il travaille. Ainsi, il est perçu via le prisme de son pays, et les différentes valeurs qui y sont associées (dont les stéréotypes) déteignent sur lui par effet de halo. Ce phénomène, incontrôlable, est important car il peut biaiser la suite des échanges d’une façon que le cadre français pourrait anticiper.
La difficulté réside dans le fait que les valeurs associées à la France dépendent des publics : ainsi l’Américain percevra des valeurs différentes du Chinois qui aura lui aussi une vision différente d’un Nigérien. Dans une étude conduite pour le ministère de l’Économie2, les valeurs suivantes apparaissent communes à tous :

– le dynamisme, à travers une certaine originalité et une créativité,

– la féminité, via des façons de faire (“la bise”), de s’habiller ou de se comporter,

– l’érotisation permanente dans la société, dans les relations entre les gens, etc.,

– une joie de vivre permanente,

– l’arrogance des Français, due à un sentiment de fierté exacerbé et généralisé au sein de la société,

– la puissance des syndicats et de la contestation,

– un pays artistique : le cinéma (très philosophique), les beaux-arts, des paysages emblématiques, l’art de manger et de boire, etc.

 

Image de fiabilité

Ainsi, le cadre français au contact d’un étranger sera perçu comme dynamique, avec un certain côté féminin, joyeux et porté vers les loisirs artistiques. Cela le rendra chaleureux et sympathique pour ses interlocuteurs. En revanche, il sera aussi perçu comme à risques : risque de fiabilité, de manque d’humilité et d’empathie, de harcèlement sexuel.
En fonction des pays mais surtout des catégories de produits qu’il représente, le cadre aura plus ou moins intérêt à mettre en avant son origine Made in France. S’il est important dans le secteur du luxe d’être porté sur les arts, la joie de vivre, le beau et le durable, il est encore plus important pour un sous-traitant aéronautique de dégager une image de fiabilité, de sécurité et de compétence.

Intelligence culturelle

Qu’on se rassure, ce même effet existe pour tous les cadres de toutes les origines, chacun avec leurs stéréotypes et leurs valeurs associées. L’important sera d’anticiper ces associations mentales que ses interlocuteurs pourront avoir, et d’agir en conséquence. Une capacité qu’il développera tout au long de sa carrière, notamment via l’acquisition graduelle de plus d’intelligence culturelle (voir L’intelligence culturelle : un avantage compétitif à l’international).

La Rédaction


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