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Bordeaux : que se cache-t-il derrière le vin?

, par Camille Boulate

Quand on pense à Bordeaux, la filière viticole apparaît comme étant la plus porteuse pour l’emploi cadre. Pas étonnant, puisqu’au niveau national, le département de la Gironde reste le plus important employeur du secteur. Mais malgré l’image positive et l’attractivité que la filière véhicule auprès des cadres, elle reste difficile à intégrer si vous ne possédez pas d’attaches locales. La ville de Bordeaux a toutefois d’autres atouts à faire valoir.

Bordeaux a le vent en poupe. Depuis quelques années, la ville caracole en tête des classements des agglomérations où il fait bon vivre. En témoigne une étude Cadremploi, publiée en 2016, dans laquelle 56 % des cadres parisiens souhaitant quitter la Capitale indiquaient choisir Bordeaux pour changer d’air. Ce plébiscite est en majorité dû aux conditions de vie qu’offre la ville puisqu’ils sont 63 % à mettre en avant le climat comme principal facteur de choix. Derrière cette image d’eldorado, les opportunités en matière d’emploi sont-elles bien réelles ?

 

La Gironde, plus vaste vignoble français

Car dans l’imaginaire de beaucoup, Bordeaux c’est avant tout du bon vin et des terres viticoles à foison. Une idée reçue qui n’est pas complètement infondée puisque les chiffres le prouvent : la Gironde reste le plus vaste vignoble français avec 115 000 hectares de vignes exploitées, drainant en moyenne chaque année 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon la Draaf (direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt). “La viticulture représente près de 50 000 salariés, dont environ 3 % de cadres”, souligne Jacky Bonotaux chargé de l’analyse territoriale et de la viticulture au sein de la Draaf Nouvelle-Aquitaine.

 

Un marché difficilement accessible

Les perspectives d’emplois dans ce secteur restent pour autant assez limitées, selon Philippe Artero, directeur du bureau de la région Sud-Ouest chez Robert Walters. “La filière viticole possède une image attractive auprès des cadres, notamment grâce à sa renommée internationale. Mais le marché est difficile à pénétrer si vous n’avez pas d’attaches régionales et de réseau local. Il existe donc un certain décalage entre l’attractivité du secteur et le volume réel d’opportunités. Seules 10  % de nos offres au sein du cabinet sont dédiées à ce marché.” En effet, les exploitants préfèrent miser sur leurs propres réseaux pour trouver les bons profils et étoffer leurs équipes.

 

La filière viticole atomisée

Donc si vous ne venez pas du sérail, ce sera forcément un peu plus compliqué de trouver un poste. “Par ailleurs, le secteur est assez atomisé car il y a beaucoup de petites exploitations dans la région bordelaise. Celles pouvant se permettre d’avoir une dizaine de cadres sur des fonctions centrales ou d’ingénieurs sont les grandes maisons et elles sont très peu à passer par un cabinet de recrutement”, analyse Philippe Artero. Un phénomène qui risque pourtant d’évoluer selon Jacky Bonotaux. “Les petites structures ont tendance à disparaître pour laisser la place à des plus grandes exploitations, qui auront donc des besoins plus importants”, analyse-t-il.

 

Les fonctions IT en croissance

Mais la région bordelaise a d’autres atouts. De belles opportunités existent pour les cadres, notamment dans les secteurs de l’aéronautique, de l’informatique, de l’automobile ou bien de l’agroalimentaire. “Ces domaines représentent 90 % de la volumétrie des recrutements que nous traitons, précise Philippe Artero. Il y a une forte demande sur les fonctions IT dans le e-commerce mais aussi sur les postes R&D ou d’ingénieurs dans l’aéronautique et l’automobile.” La présence d’entreprises nationales et internationales sur le sol bordelais favorise beaucoup cette croissance mais aussi la motivation des cadres à s’installer sur la région. “Des sociétés importantes sont présentes à Bordeaux comme Cdiscount, Dassault ou Mondelez avec Lu, générant ainsi de l’emploi”, détaille Philippe Artero. Récemment, c’est Thalès qui a transféré plus de 2 000 collaborateurs sur un nouveau site, à Mérignac. “L’enjeu de la région reste d’attirer les entreprises. Car la spécificité de la métropole bordelaise c’est qu’elle est attractive pour les cadres mais nous sommes dans une phase où la création nette d’emplois ne peut encore absorber toute la demande”, souligne Danielle Sancier, déléguée Apec en Nouvelle-Aquitaine.

 

Une région dynamique

Pour Céline Bouvet, coach formatrice chez un éditeur de logiciel, cet engouement des entreprises s’explique avant tout par le développement de l’agglomération. “C’est une région dynamique, évoluant beaucoup et qui est aujourd’hui bien desservie avec l’aéroport et la future ligne à grande vitesse (inaugurée en juillet prochain, ndlr.)”, précise-t-elle. Cette ancienne parisienne a fait le choix de s’installer à Bordeaux il y a cinq ans. Aujourd’hui employée dans une entreprise d’édition de logiciel, elle estime son secteur d’activité porteur. “C’est relativement simple de trouver un poste dans le domaine de l’informatique, car il recrute et évolue constamment. En revanche, il faut avoir en tête qu’il existe encore une différence de salaire entre Paris et Bordeaux. Ce qui peut faire un choc, surtout que les prix des loyers ne cessent d’augmenter dans la région”, prévient-elle.

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Camille Boulate


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